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	<title>MDN Consultants &#8211; Francis Massé</title>
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	<description>Francis Massé</description>
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		<title>Quelques petits pas de côté pour de grandes avancées sociales</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/quelques-petits-pas-de-cote-pour-de-grandes-avancees-sociales/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 08:20:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et si, pour avancer, nous commencions par prendre un peu de recul ? Cette chronique part d’une conviction simple : prendre de la distance, se décentrer n’est pas renoncer à agir. C’est parfois la meilleure manière de retrouver l’essentiel, de se recentrer et, finalement, de mieux agir. Nous vivons dans une société saturée d’urgences, de [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Et si, pour avancer, nous commencions par prendre un peu de recul ?</p>
<p>Cette chronique part d’une conviction simple : prendre de la distance, <strong>se décentrer n’est pas renoncer à agir. C’est parfois la meilleure manière de retrouver l’essentiel, de se recentrer et, finalement, de mieux agir.</strong></p>
<p><span id="more-7031"></span></p>
<p>Nous vivons dans une société saturée d’urgences, de controverses, d’informations et de réactions immédiates. Nous débattons sans cesse des moyens, beaucoup moins des finalités. Nous nous querellons sur les dispositifs sans toujours nous demander à quel principe ils devraient répondre. Et s’ils sont compatibles entre eux.</p>
<p>Une question me paraît, à cet égard, particulièrement française : <strong>n’avons-nous pas une fâcheuse tendance à séparer les principes de leur mise en œuvre concrète ?</strong></p>
<p>Il faudrait donc parfois faire quelques pas de côté. Naturellement non pas pour fuir les problèmes, mais pour les regarder autrement.</p>
<p>Je partirai, dans cette chronique, de quelques sujets très actuels dans nos débats : la mort, la formation, la retraite, les médias. Des sujets apparemment différents, mais qui ont un point commun : nous avons progressivement perdu de vue certaines évidences humaines qui devraient pourtant guider nos institutions. Il nous faut aujourd’hui regarder autrement le réel pour retrouver du sens et rendre l&rsquo;action possible. Il nous faut partir du terrain franchement, expérimenter, puis théoriser,  dans une boucle récursive où il faut conceptualiser, prendre du recul, faire connaître et améliorer <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La mort</strong></p>
<p>Il est souvent observé que la mort est, depuis plusieurs décennies, largement occultée dans nos sociétés contemporaines. Dans une civilisation dominée par le consumérisme, le jeunisme et la recherche de performance, nous supportons difficilement tout ce qui nous rappelle notre finitude.</p>
<p>La mort nous fait peur. C’est humain.</p>
<p>Mais lorsque cette peur devient collective et que nous refusons de regarder la finitude en face, elle peut produire un effet paradoxal : <strong>nous finissons par perdre le sens même de la vie.</strong></p>
<p>Le vieillissement démographique de la France et de l’Europe en fournit une illustration. Une société qui vieillit, qui connaît une faible natalité et qui peine parfois à offrir à sa jeunesse, emploi, perspectives et confiance dans l’avenir doit nécessairement s’interroger sur son rapport au temps et à la transmission.</p>
<p>Car tout commence paradoxalement par la mort : <strong>mettre un enfant au monde, c’est accepter de l’inscrire dans la condition mortelle.</strong> Cette évidence pourrait pourtant conduire non pas au renoncement, mais à une formidable revalorisation de la vie.</p>
<p>Or nous sommes peut-être entrés dans une époque d’accélération, où tout doit aller plus vite<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. On brûle les étapes comme on brûle sa vie, on voudrait immédiatement obtenir, réussir, consommer, changer, recommencer. Nous avons parfois perdu la capacité à donner de la densité au temps.</p>
<p>Prendre quelque distance avec la mort pourrait donc nous permettre de retrouver une certaine profondeur de la vie. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas seulement philosophique. J’ai pu entendre, dans des débats, des positions allant jusqu’à considérer que la préservation de la planète devait primer sur la prise en considération de l’existence humaine, ou que la préoccupation écologique pouvait justifier une limitation volontaire des naissances, voire cesser d’engendrer.</p>
<p>Ces positions existent et ont existé à d’autres époques. Elles méritent d’être discutées sans caricature. Elles posent toutefois une question fondamentale : <strong>quelle place accordons-nous encore à l’être humain dans notre conception du progrès ?</strong></p>
<p>Cette question rejoint directement celle de la santé. Une société qui considère l’être humain comme une fin en soi devrait naturellement accorder une place centrale à la prévention, au soin, à l’accompagnement de la vieillesse et à la protection des plus fragiles. Or notre système de santé connaît des tensions considérables, tandis que certains intérêts économiques peuvent tirer parti de certaines peurs et pousser à certains comportements de consommation parfois non pertinents. À l’inverse, la prévention et l&rsquo;accompagnement des souffrants demeurent parfois insuffisamment valorisés.</p>
<p>Margaret Mead aurait proposé de voir dans un os humain ancien ayant été réparé après une fracture l’un des premiers signes de civilisation : quelqu’un avait dû prendre soin de quelqu’un d’autre. La formule, qu’il faut sans doute considérer comme une anecdote anthropologique plutôt que comme une définition scientifique de la civilisation, reste néanmoins éclairante. <strong>Une civilisation commence lorsqu’un être humain considère que la vie d’un autre mérite son temps, son attention et son aide.</strong></p>
<p>C’est aussi une question de lien social. Lorsque les institutions cessent d’être perçues comme des instruments au service des personnes et de leur liberté, le sentiment d’appartenance s’affaiblit. L’engagement recule. La défiance progresse. Et lorsque plus personne ne croit véritablement aux institutions, il devient plus difficile de prendre collectivement de bonnes décisions.</p>
<p>Nous voici alors confrontés à une succession de réactions immédiates, de politiques corrigées dans l’urgence, de controverses permanentes et de décisions prises sous la pression du moment. La conséquence est patente : une société plus anxieuse, plus polarisée, plus violente.</p>
<p><strong>Remettre la France debout ne commence donc-t-il pas par remettre les personnes debout ? dans leur dignité, dans leur sentiment d’utilité sociale et dans leur capacité à envisager l’avenir et à réagir avec une certaine sécurité ontologique.</strong></p>
<p>Non pas en promettant une société sans risques — elle n’existera jamais — mais en permettant aux citoyens de retrouver suffisamment de confiance pour les affronter.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La formation</strong></p>
<p>Lorsqu’un enfant naît, tout commence également par un acte de transmission.</p>
<p>Il faut l’accueillir, l’éveiller à sa sensibilité, développer son intelligence, lui transmettre des connaissances et progressivement lui permettre de devenir autonome.</p>
<p>Nous savons combien les enfants qui grandissent dans la guerre, la pauvreté ou l’exclusion peuvent en subir durablement les conséquences. Mais là encore, il faut prendre un peu de recul. Depuis des décennies, nous opposons trop facilement deux conceptions de la formation : d’un côté la formation générale, humaniste et émancipatrice ; de l’autre la formation professionnelle répondant aux besoins de l’économie.</p>
<p>Pourquoi faudrait-il choisir ? Une société libre repose sur deux exigences complémentaires : <strong>la diffusion des connaissances et la capacité donnée à chacun de développer ses compétences tout au long de la vie.</strong></p>
<p>La liberté suppose des institutions éducatives ouvertes, pourquoi pas revenir à des universités indépendantes ? Mais une société prospère suppose également des personnes capables d’exercer des activités utiles, qualifiées professionalisées et adaptées aux transformations de l’économie.</p>
<p>Les deux exigences sont donc légitimes. Le problème est moins leur opposition que leur mauvaise articulation. Une formation trop générale peut laisser certains jeunes éloignés des réalités professionnelles. Une orientation professionnelle trop précoce peut, à l’inverse, enfermer durablement un individu dans un choix qui ne correspondra plus ni à ses aspirations ni à l’évolution de l’économie.</p>
<p>L’économie elle-même change. Les métiers se transforment, certaines activités disparaissent, d’autres apparaissent, du fait du progès technique, de l’IA. Le travail indépendant progresse, le salariat se réduit, les carrières deviennent moins linéaires.</p>
<p><strong>Notre système de formation doit donc produire moins de dépendance et davantage d’autonomie.</strong> Il ne s’agit plus seulement de préparer une personne à occuper un emploi ou une activité. A cette personne, la société doit pouvoir lui donner les moyens de continuer à apprendre, à évoluer, à changer et à entreprendre tout au long de son existence.</p>
<p>Cela vaut également pour la science. Il faut défendre la science, mais aussi la libérer du scientisme : la science est une méthode de connaissance ; elle n’est pas, à elle seule, une philosophie politique ou une doctrine de gouvernement.</p>
<p>L’esprit scientifique suppose le doute, la confrontation des hypothèses, la discussion et la possibilité de reconnaître une erreur. La vraie science est éminemment démocratique.<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a></p>
<p>Autrement dit, <strong>la liberté intellectuelle n’est pas l’ennemie de la science : au contraire elle en constitue l’une des conditions.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La retraite</strong></p>
<p>La retraite constitue un autre domaine dans lequel nous aurions intérêt à faire un pas de côté. Le débat public est très largement dominé par une question : combien coûte le financement des retraites ? Cette question est évidemment légitime. Mais elle ne peut être la seule.</p>
<p>Les débats entre réforme paramétrique et réforme systémique restent importants, mais ils ne suffisent pas à répondre à une question beaucoup plus large : <strong>comment voulons-nous organiser les différentes étapes de la vie ?</strong> Pourquoi faudrait-il nécessairement séparer aussi radicalement formation, activité professionnelle et retraite ?</p>
<p>La frontière entre ces trois périodes devient de moins en moins évidente. La formation devrait pouvoir intervenir à tous les âges. L’activité pourrait prendre des formes différentes selon les moments de la vie. La transmission des savoirs et des expériences pourrait continuer bien au-delà de l’âge traditionnel de départ à la retraite. Il ne devrait peut-être plus exister de frontière aussi étanche.</p>
<p>Regardons simplement une contradiction de notre époque : des jeunes sans activité et des seniors qui souhaiteraient continuer à contribuer sont parfois placés simultanément à l’écart du monde du travail. Nous gaspillons ainsi des compétences, des expériences et des énergies. Nous privons aussi des individus d’une partie de ce qui donne sens à leur existence : <strong>le sentiment de leur utilité sociale. Que leur propre <em>vocation </em>est essentielle.</strong></p>
<p>Tout le monde s’accorde à dire qu’il faudrait lever certains obstacles réglementaires, culturels et intellectuels afin d&rsquo;imaginer une organisation beaucoup plus souple des temps de la vie. La question des retraites deviendrait alors moins exclusivement une question comptable et davantage une question de civilisation.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Les médias</strong></p>
<p>Il faut enfin faire un pas de côté sur le monde médiatique. Presse écrite, audiovisuel, plateformes numériques et réseaux sociaux constituent aujourd’hui une partie essentielle de notre environnement intellectuel. Or cet environnement connaît de graves dysfonctionnements : approximations, course à l’audience, informations insuffisamment vérifiées, manipulations, contenus dégradants, violence et parfois banalisation de la pornographie ou de comportements criminels.</p>
<p>Il ne s’agit évidemment pas de mettre tous les médias dans le même sac. Des journalistes, des rédactions et des médias accomplissent chaque jour un travail remarquable. Mais le système dans son ensemble mérite d’être interrogé. Gaston Bachelard disait qu’il faut mettre la société au service de l’école et non pas l’école au service de la société. Ne pourrait-on appliquer une réflexion comparable aux médias ?</p>
<p><strong>Quel environnement informationnel voulons-nous transmettre à nos enfants ?</strong> La question n’est pas seulement celle de la liberté de la presse — principe essentiel. Elle est aussi celle de la responsabilité collective qui accompagne cette liberté. La société regarde. Elle consomme. Elle partage. Elle finance parfois par son attention ce qu’elle prétend ensuite condamner. Les responsables politiques, eux, dénoncent régulièrement certains excès. Mais la dénonciation ne suffit pas.</p>
<p>La question fondamentale est celle de notre responsabilité collective. Socrate fut accusé, dans l&rsquo;Athènes antique, de corrompre la jeunesse. Notre époque devrait peut-être se demander plus modestement mais plus concrètement <strong>quels contenus, quels comportements et quelles représentations nous contribuons nous-mêmes à transmettre aux générations suivantes.</strong> Car nous ne resterons pas intellectuellement et culturellement indemnes d’un environnement que nous acceptons de laisser se dégrader.</p>
<p><strong>Faire un pas de côté pour mieux avancer</strong></p>
<p>Il existe évidemment beaucoup d’autres domaines dans lesquels nous devrions accepter ce déplacement du regard. La politique, l’entreprise, l’école, la santé, la justice, l’environnement, la technologie, la vieillesse, la transmission…</p>
<p>À chaque fois, le même mécanisme peut être à l’œuvre : <strong>nous nous enfermons dans le débat sur les moyens avant d’avoir suffisamment discuté des fins.</strong> Faire un pas de côté ne signifie donc ni fuir la réalité ni revenir au passé. C’est au contraire tenter de regarder notre époque avec suffisamment de distance pour retrouver quelques principes simples : la dignité humaine, la liberté, la responsabilité, la transmission, la solidarité, la connaissance et la possibilité pour chacun de se sentir utile.</p>
<p>Ces principes ne sont pas anciens ou modernes. Ils sont humains. Et si, pour accomplir de grandes avancées sociales, nous commencions par quelques petits pas de côté sans fuir le réel mais pour y revenir ensuite avec davantage de lucidité pour agir ? <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a></p>
<p>En conclusion : il convient de se décentrer pour comprendre, de se recentrer pour agir et d’agir pour faire société.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Francis Massé, <em>La Logotique, </em>L’Harmattan, 2023</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Harmut Rosa, <em>L’accélération, : une critique sociale du temps</em>, La Découverte, 2016</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Giuseppe Longo, <em>Le cauchemar de Prométhée, -Les sciences et leurs limites</em>, PUF 2023</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Francis Massé, <em>Aviver son souffle,</em> Les Impliqués, 2024</p>
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		<item>
		<title>Incendies en Gironde : quelles leçons des contrefeux pour mieux anticiper …</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/incendies-en-gironde-quelles-lecons-des-contrefeux-pour-mieux-anticiper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Aug 2026 12:53:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>(Chronique née d’un dialogue avec François Dubroca, économiste, ancien chercheur et ancien dirigeant d’une entreprise historique du massif landais. [1]) « L’acte du forestier est un acte centenaire ».  Bertrand de Jouvenel [1] « Un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>(Chronique née d’un dialogue avec François Dubroca, économiste, ancien chercheur et ancien dirigeant d’une entreprise historique du massif landais. <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>)</p>
<p><span id="more-7026"></span></p>
<p><em>« L’acte du forestier est un acte centenaire ». </em> Bertrand de Jouvenel <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<p><em>« Un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre à l’ombre montait à 45 degrés, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1<sup>er</sup> juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous enseveli, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre ».  </em>George Sand <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a></p>
<p>« <em>La difficulté n’est pas de prévoir l‘avenir, mais de s’y préparer</em> ».  Périclès.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les grands incendies dans les Landes de Gascogne de l’été 2026 a été une tragédie pour le territoire néo-aquitain. Elle restera comme l’expérience d’un territoire confronté à un risque que l’on croyait pouvoir contenir.</p>
<p>Des milliers d’hectares de forêt brûlés, des milliers de personnes évacuées et, au-delà du drame humain, environnemental et économique, des incendies révélant nos difficultés à anticiper et à organiser collectivement la gestion des risques dont la nature évolue plus vite que nos cadres habituels d’action.</p>
<p>L’histoire de la forêt des Landes de Gascogne constitue un véritable cas d’école. Elle montre comment une politique publique conçue sur plusieurs décennies peut transformer profondément un territoire et faire émerger une économie entière.</p>
<p>Elle met surtout en évidence l’interaction de trois temporalités : celle de la nature, celle de l’économie et celle de l’action publique. Cette histoire de la forêt landaise et girondine fait notamment écho à nos réflexions sur le temps politique<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> . Elle illustre comment une politique publique conçue sur plusieurs décennies peut donner naissance à une économie entière, laquelle évolue ensuite sous l’effet des mutations technologiques et de la mondialisation. Ici se crée une philosophie du temps long à l’opposé des effets médiatiques, souvent destructeurs de la pensée positive. Cette histoire démontre le rôle clé des individus et leur détermination à agir en conciliant intérêt général et intérêts privés. Elle souligne aussi le fait qu<strong>’</strong><strong>une ressource naturelle n&rsquo;est pas une richesse en soi ; c&rsquo;est l&rsquo;intelligence collective qui l&rsquo;organise, la transforme et la valorise qui crée durablement la prospérité. N’est-ce pas notre véritable défi collectif aujourd’hui en France ?</strong></p>
<p>À l’heure où nos sociétés sont dominées par l’urgence et l’immédiateté, cette histoire multiséculaire nous rappelle que certaines transformations essentielles ne peuvent être pensées que dans le temps long.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une forêt qui n’existait pas vraiment</strong></p>
<p>Avant le Second Empire, une grande partie des Landes de Gascogne était constituée de marécages, de landes et de terres difficiles à cultiver. La population était faible et les activités économiques limitées. Cette région nourrissait des images variées, voire une imagination débordante au point d’en faire parfois une sorte de Sahara peuplé de dromadaires, ou d’y considérer ses habitants comme le maillon manquant entre le singe et l’homme… C’était par ailleurs un lieu de passage traversé par le chemin de Compostelle qu’Alain Juppé, Maire de Bordeaux, a souhaité symboliser par une jolie colonne place de la Victoire.</p>
<p>A l’origine, au XIX -ème siècle, des ingénieurs et des responsables publics vont progressivement imaginer une transformation radicale de ce territoire.</p>
<p>Nicolas-Thomas Brémontier travaille à la fixation des dunes grâce au pin maritime. Jules Chambrelent démontre ensuite que le drainage des terres permet leur assainissement et leur mise en valeur. Il développe notamment un réseau de fossés — les crastes — qui structure encore aujourd’hui le territoire. Des ingénieurs comme Henri Crouzet qui participe au creusement des canaux de drainage et aux travaux d’assainissement et Guillaume Desbiey dont les études ont largement inspiré les précédents, contribuent à la réflexion. Toussaint de Cornulier joue également un rôle important dans la diffusion de ces idées novatrices dès 1823.</p>
<p>La loi du 19 juin 1857 constitue une étape décisive <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>. L’État organise l’assainissement et le boisement des Landes de Gascogne. Mais cette transformation ne repose pas uniquement sur l’État. Les communes, propriétaires d’une grande partie des terres, sont incitées à les vendre à des propriétaires privés, à charge pour eux de les boiser.</p>
<p>C’est ainsi que se constitue progressivement un immense massif forestier, très majoritairement privé. Le processus est remarquable par sa durée : il faut expérimenter, convaincre, organiser, financer, planter, construire des routes et des infrastructures, puis créer progressivement une véritable filière économique.</p>
<p>Il aura fallu plusieurs générations pour transformer ce territoire : depuis 1830 environ jusqu’à 1930 ! C’est probablement la première leçon de cette histoire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>De la résine au bois : une première bifurcation <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a></strong></p>
<p>Le premier moteur économique de la forêt n’est pourtant pas le bois mais le gemmage. L’arbre est un sous-produit de la gemme, déjà une révolution en soi en comparaison avec le passé. Les résiniers récoltent l’oléorésine des pins. Après transformation, elle permet notamment de produire la térébenthine et la colophane, utilisées dans de nombreuses activités industrielles.</p>
<p>Pendant plusieurs décennies, la valeur de la résine dépasse celle du bois, qui n’est alors qu’un produit secondaire. François Dubroca rappelle ainsi que «<em>la gemme constitue la principale ressource des propriétaires </em>».</p>
<p>La forêt fait progressivement naître une nouvelle économie : des emplois, des entreprises, des scieries, des infrastructures ferroviaires, des coopératives et des organisations professionnelles. Mais répétons-le une ressource naturelle n’est jamais une richesse en soi. C’est l’intelligence collective qui l’organise, la transforme et la valorise qui crée durablement la richesse.</p>
<p>Les résiniers qui faisaient les récoltes étaient payés en pourcentage de la gemme récoltée. Pendant la période d’une quarantaine d’années le prix de la gemme n’a cessé de croître et la part propriétaire/gemmeur s’est déséquilibrée au profit des propriétaires ce qui a entraîné de graves conflits entre propriétaires et syndicat des gemmeurs. Conflits consubstantiels aux évolutions.</p>
<p>Après les grands incendies entre 1939 et 1949, 400 000 ha de forêt, soit près de la moitié du massif ont été brûlés. De plus en 1949, 82 pompiers sont morts sur l’initiative d’un contre-feu mal approprié. Le contre-feu d’abord interdit, a mis quelque temps avant d’avoir été réutilisé et il reste très réglementé. Ces évènements tragiques marquent de façon indélébile l’inconscient collectif et expliquent toujours nos comportements ultérieurs.</p>
<p>A partir de 1949 la volonté des pouvoirs publics, des municipalités et des propriétaires font abandonner la forêt comme production de gemme et décident de faire une forêt uniquement basée sur la production de bois. (Pendant longtemps on a considéré le pin maritime comme un mauvais bois : après son exploitation de la gemme il était souvent donné aux métayers ; « <em>C’était le bois du pauvre donc un pauvre bois</em> » disait alors Jean-Paul Maugé, ingénieur agronome et expert forestier.<br />
Au cours des trente années suivantes et sous l’impulsion de Jean-Paul Maugé est née une gestion nouvelle de la forêt avec pour caractéristique le ligniculture et itinéraire de la sylviculture (éclaircie), la fertilisation des sols, la modernisation de la croissance.</p>
<p>À partir des années 1960, cette révolution liée aussi à la concurrence internationale, à l’émergence des résines de synthèse et à l’augmentation du coût de la main-d’œuvre fragilisent progressivement l’activité. Dans les années 1970 et 1980, le gemmage disparaît presque totalement. Le bois prend donc alors le relais. Ce qu’il faut noter en particulier est le changement dans la perception du revenu : tandis que les recettes provenant de la production de la gemme sont annuelles, celles liées à la sylviculture engendre des revenus croissants tous les dix ans.</p>
<p>Cette transition constitue une nouvelle bifurcation économique. La forêt change de modèle et s’oriente vers davantage de transformations. Que faire de la ressource qu’elle constitue ? La transformation du bois se résume trois étages :</p>
<ul>
<li>Papier et cellulose</li>
<li>Panneaux et emballages</li>
<li>Bois d’industrie</li>
</ul>
<p>Aujourd’hui, la valeur peut aller encore plus loin : matériaux biosourcés, construction bas carbone, nouveaux composites, chimie verte, ingénierie du bois.</p>
<p>Du XIXᵉ au XXIᵉ siècle, la valeur de la forêt s’est ainsi déplacée : de la résine au bois, puis du bois vers une ingénierie d’application multi ressources. Mais François Dubroca nous prévient d’une faiblesse historique : « <em>la France a longtemps été capable de produire du bois sans parvenir suffisamment à développer les transformations à plus forte valeur ajoutée ».</em> A dire vrai, la question forestière constitue une question industrielle. Produire une ressource ne suffit pas ; il faut savoir l&rsquo;organiser, la transformer et en capter et en promouvoir la valeur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une forêt progressivement vidée de ses hommes</strong></p>
<p>Un autre aspect de l’histoire est mis en évidence par François Dubroca qui trouve tout son poids aujourd’hui :  pendant la période du gemmage, la forêt était parcourue quotidiennement par une population importante de résiniers. Un départ de feu pouvait être rapidement repéré. Or cette présence humaine s’est considérablement réduite. François Dubroca résume cette évolution de manière particulièrement forte : « <em>la disparition des bergers, puis des résiniers, puis des bûcherons, enfin la systématisation de la mécanisation généralisée</em> a <em>fait disparaître une présence humaine qui jouait aussi un rôle de prévention</em> ».</p>
<p>Car cette régularité présentielle avait une fonction implicite : observer, discerner, signaler. La forêt était cliniquement regardée. Aujourd’hui elle l’est beaucoup moins. La disparition de l’homme du massif forestier est donc en elle-même devenue un facteur de risque.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Les risques étaient pourtant connus</strong></p>
<p>Certes les principaux risques sont depuis longtemps identifiés : inflammabilité du pin, proximité des habitations en Gironde, continuité de la végétation, insuffisance du débroussaillage, surveillance irrégulière. De surcroit la réglementation existe. Le problème est donc moins l’absence de règles que leur application effective et leur articulation avec les réalités économiques et territoriales.</p>
<p>François Dubroca insiste dur ce point fondamental : « <em>la réglementation est adaptée, mais le débroussaillage est mal ou pas appliqué</em> ». Comme nous l’avons vécu cet été, la tentation est grande pendant une catastrophe, de rechercher des coupables plutôt que des solutions. La facilité est alors de conclure qu’il faut une nouvelle réglementation. Mais une règle supplémentaire ne résout pas nécessairement un problème lorsque les règles existantes ne sont déjà pas suffisamment respectées. La seule question qui s’impose est de savoir comment organiser durablement la prévention.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une même forêt, plusieurs cultures opérationnelles du traitement des feux </strong></p>
<p>Les incendies de 2022 ont également fait apparaître une autre question : celle des méthodes de lutte contre les grands feux.</p>
<p>François Dubroca attire notre attention sur les différences de culture opérationnelle entre les sapeurs-pompiers landais et girondins <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>. <em>« Les premiers ont historiquement développé une culture très forestière : connaissance du massif, des pistes, des accès, des comportements du feu. Les seconds interviennent dans un département où la protection des zones habitées et des populations occupe également une place très importante </em>». Un RETEX officiel Girondes-Landes d’octobre 2022 avait d’ailleurs formulé dix propositions pour améliorer l’anticipation, la prévention, et la réponse aux crises.</p>
<p>Il ne s’agit évidemment pas d’opposer les uns aux autres. La mission interministérielle chargée d’examiner la prévention et la lutte contre les incendies relève ainsi que les feux exceptionnels de 2021 et 2022 ont conduit les professionnels à s’interroger sur leur doctrine et leurs méthodes respectives. Elle mentionne notamment les prises de position publiques de sapeurs-pompiers des Landes mettant en question certaines méthodes employées en Gironde, par exemple le choix d’« attendre » le feu le long des routes plutôt que de s’enfoncer dans le massif pour attaquer directement le foyer. La mission recommande précisément de confronter ces points de vue afin d’envisager, si nécessaire, des évolutions. Alain Rousset, président de la Région Nouvelle Aquitaine, a pu s’exprimer devant la presse pour pourfendre l’inaction subie depuis lors qui en quelque sorte a participé à ce nouveau et tragique incendie.</p>
<p>Cette controverse ne doit donc pas être comprise comme un affrontement entre une bonne et une mauvaise doctrine. Elle révèle plutôt une difficulté beaucoup plus générale : que faire lorsque l’évolution du phénomène remet en question les cadres professionnels construits pour y répondre ? Ces incendies de 2022 ont d’ailleurs conduit à un changement opérationnel important avec le recours aux coupes tactiques, utilisées pour créer en urgence des zones d’appui au sein des massifs. Le Sénat a pu qualifier de majeure cette évolution de changement doctrinal.</p>
<p>Le feu oblige donc à faire évoluer non seulement les moyens, mais aussi les représentations et les doctrines qui ont une influence au moins aussi importante dans l’histoire comme nous l’a appris le grand médiéviste Johan Hinzinga en constatant qu’au-delà des représentations de la réalité il faut rechercher le véritable intérêt <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Sortir de la logique de l’urgence</strong></p>
<p>Face à une catastrophe, la tentation est grande de rechercher immédiatement une solution visible : davantage de moyens à travers davantage de structures, davantage de règles, davantage d’interventions.</p>
<p>Mon interlocuteur m’interpelle : « <em>surtout ne pas oublier que les premières recherches sur la lutte contre l’incendie ont été menées dès 1990 par le lieutenant Perez sur l’éclosion et la propagation du feu et des recherches aussi sur des ralentisseurs comme les mouillants/moussants</em> ».</p>
<p>Mais la réaction immédiate ne constitue pas nécessairement une politique de prévention. La géographe Pauline Vilain-Carlotti souligne ainsi « <em>le risque d’une vision exclusivement sécuritaire du risque incendie </em>» : l’adaptation des territoires doit être pensée en amont. Cette approche rejoint profondément la réflexion de Bertrand de Jouvenel sur la forêt : « <em>L’acte du forestier est un acte centenaire.</em> »</p>
<p>La forêt nous oblige à penser autrement. On ne plante pas aujourd’hui un arbre pour répondre à une urgence médiatique. On le plante pour un futur que l’on ne verra peut-être pas soi-même. Par ailleurs il existe aujourd’hui certains courants de pensée opposés à la poursuite de la culture du pin. Mais quelle autre solution s’interroge François Dubroca ? « <em>Les chênes poussent certes mais ne se développent pas, ils restent rabougris. »</em> Le problème majeur est, à ses yeux, l’efficacité et les modalités du débroussaillement de la forêt et des pare en théorie est obligatoire selon les cas tous les cinq ans.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La forêt comme système</strong></p>
<p>La forêt landaise montre également les limites d’une approche fragmentée. Le propriétaire forestier considère ses massifs comme autant de composantes de son patrimoine. L’industriel projette leur exploitation en fonction de ses débouchés. Le pompier pense en termes de moyens et d’accessibilité stratégiques des espaces dans la lutte contre le feu. L’élu conçoit l’équipement de son territoire en termes de sécurisation et de développement économique et territorial optimisé. L’habitant, lui, perçoit son lieu de vie en termes d’agréments, d’accessibilité et de sécurité partagés. L’écologiste enfin raisonne en termes de préservation des milieux naturels conjuguer les désirs des habitants et la vie même des populations animales et végétales au sein des espaces naturels Quand donc en France apprendrons-nous à organiser des débats en présence de tous les acteurs concernés et en organisant de véritables controverses ?</p>
<p>Tous ont une part de vérité. Mais aucune de ces vérités ne suffit à elle seule. La forêt est un système. Sa gestion suppose donc de mettre autour de la même table ceux qui la cultivent, ceux qui l’exploitent, ceux qui y vivent, ceux qui la protègent et ceux qui en organisent l’avenir.</p>
<p>Nous savons additionner les expertises ; nous savons moins bien les faire dialoguer. En dépit de nombreux rapports publics dont celui précité de Bertrand de Jouvenel se projetant vers la forêt du XXIème siècle en 1977 <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>, ce qu’il préconisait reste d’actualité :</p>
<ul>
<li>La forêt doit remplir trois fonctions indissociables : produire du bois, protéger les milieux naturels et accueillir la société ;</li>
<li>Il n’existe pas une forêt française mais des forêts françaises très diverses ;</li>
<li>Le véritable problème n’est pas seulement de produire du bois mais de créer une filière industrielle performante ;</li>
<li>La recherche, l’innovation et la gestion sylvicole doivent être renforcées.</li>
</ul>
<p>Par ailleurs, la contribution la plus originale de De Jouvenel est d‘appliquer à la forêt sa philosophie de la prospective : gouverner consiste à préparer des futurs lointains plutôt qu’à surréagir aux urgences du présent. N’oublions jamais que la forêt est privée et que tout le monde se l’approprie : chasseurs, cueilleurs de champignons, promeneurs, campeurs… On ne lui paie jamais l’oxygène qu’elle dégage par évapotranspiration, ni l’eau qu’elle produit !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le paradoxe de la propriété</strong></p>
<p>L’histoire landaise révèle également un paradoxe. L’État a autrefois organisé une vaste privatisation du massif afin de permettre son développement. Aujourd’hui, la propriété forestière est extrêmement fragmentée, notamment sous l’effet des successions.</p>
<p>François Dubroca formule à ce sujet une remarque très forte : <em>« la parcelle n’est plus un investissement mais une épargne</em> ». Cette fragmentation desdites parcelles vue en termes de propriétés individuelles rend plus difficile une gestion cohérente et collective du massif. Il ne s’agit pas nécessairement de revenir à la propriété publique, mais de trouver de nouvelles formes de coopération permettant de gérer ensemble ce qui appartient à des propriétaires différents. L’enjeu réel n’est donc plus seulement de réglementer. Il est d’organiser la coopération.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>L’agroforesterie : une piste parmi d’autres</strong></p>
<p>La question de l’agroforesterie illustre cette nécessité de sortir des raisonnements binaires. Faire revenir temporairement des activités agricoles ou pastorales dans certaines zones peut présenter des avantages : entretien du couvert végétal, limitation de certaines friches et retour d’une présence humaine.</p>
<p>François Dubroca apporte toutefois une nuance selon laquelle cette solution peut être pertinente dans les premières années de croissance des pins, mais devient ensuite plus difficile lorsque les besoins de l’arbre et ceux des activités agricoles entrent en concurrence. Son intérêt est cependant évident sur un point : elle fait revenir des hommes dans la forêt.</p>
<p>Il ne saurait y avoir une solution unique, la combinaison intelligente de plusieurs solutions selon les territoires et les périodes est le bon chemin. La visite du Premier ministre en Gironde, accompagné d’autres membres du gouvernement, montre bien la nécessité d’une approche globale donc systémique et de long terme. Ce qui implique de remettre du sens dans notre démarche publique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Mann Gulch : quand les professionnels perdent leurs repères</strong></p>
<p>C’est à ce moment de la réflexion que l’exemple de Mann Gulch, dans le Montana, devient particulièrement éclairant.</p>
<p>Le 5 août 1949, un groupe de quinze pompiers parachutistes est envoyé combattre un incendie dans la forêt nationale d’Helena, au Montana. Le feu paraît initialement maîtrisable. Mais la chaleur, le vent et la configuration du terrain provoquent une évolution extrêmement brutale du feu. Treize pompiers périront. Le chef du groupe, Wagner Dodge, comprend que ses hommes ne peuvent plus simplement courir devant les flammes. Il leur ordonne d’abandonner leur matériel et tente d’allumer devant eux un feu d’échappement, afin de créer une zone déjà brûlée dans laquelle ils pourraient se réfugier.</p>
<p>Pour des pompiers entraînés à combattre le feu, l’ordre paraît incompréhensible : abandonner leur matériel et allumer eux-mêmes un feu semble exactement contraire à leur métier. Ils ne le suivent pas. Treize hommes meurent. L’événement deviendra ensuite un cas majeur dans la réflexion de Karl Weick sur les organisations et le <em>sensemaking</em>, c’est-à-dire la construction collective du sens.</p>
<p>Le problème n’est pas simplement que les hommes aient pris une mauvaise décision. C’est que leur cadre habituel d&rsquo;interprétation ne leur permettait plus de comprendre la situation nouvelle dans laquelle ils se trouvaient. Lorsque la réalité change brutalement, les procédures et les réflexes qui avaient permis de réussir jusque-là peuvent devenir insuffisants. Mann Gulch constitue depuis lors un cas majeur de retour d’expérience dans le monde de la lutte contre les feux de forêt <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Notre-Dame : reconstruire le sens dans l’action</strong></p>
<p>L’incendie de Notre-Dame de Paris, fournit un exemple très différent mais étonnamment proche.</p>
<p>Le feu se déclare sur la toiture le 15 avril 2019, peu après 18 h 30. Près de 600 pompiers seront mobilisés au cours de la nuit. Les conditions d’intervention sont particulièrement complexes : les flammes progressent rapidement, la flèche finit par s’effondrer et les possibilités d’intervention depuis l’extérieur sont limitées. Alors en situation de responsabilité le général Jean-Claude Gallet prend deux décisions qui prennent alors tout leur sens.</p>
<p>La première consiste à séparer le poste de commandement, afin que la conduite de l’intervention puisse être menée tout en maintenant un dialogue avec les nombreuses parties prenantes : responsables politiques, autorités, médias, etc.</p>
<p>La seconde consiste à demander des cartes de Notre-Dame et à recueillir les informations provenant des personnes qui sont directement au contact du bâtiment et du feu.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Autrement dit : il faut simultanément agir et comprendre.</strong></p>
<p>Isabelle Barth résume cette démarche par une formule très forte :« donner du sens pour que cesse le chaos » <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>. C’est précisément ce que Karl Weick appelle la construction du sens : un processus collectif permettant de produire une interprétation suffisamment plausible d’une situation pour pouvoir agir ensemble.</p>
<p>Mann Gulch et ‘Notre-Dame’ racontent donc deux histoires presque opposées. À Mann Gulch, le sens collectif s’effondre alors que la situation devient incompréhensible. À Notre-Dame, le commandement cherche au contraire à reconstruire en permanence une représentation commune de la situation afin de pouvoir agir.</p>
<p>Dans les deux cas, une même leçon apparaît : lorsque l’environnement change, les cadres de référence doivent pouvoir évoluer avec lui. Karl Weick désigne cette pratique par le terme <em>Enaction</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le véritable contrefeu</strong></p>
<p>On n’aurait garde d’oublier que l’incendie de 1949 a causé la mort de 82 personnes. C’est donc avec précaution eu égard à la mémoire de ces victimes, que nous employons la métaphore du « contrefeu ». Cette notion de « contrefeu » prend tout son sens néanmoins. Un contrefeu consiste à utiliser intelligemment le fonctionnement du feu pour empêcher celui qui arrive de progresser. Le paradoxe est fascinant : pour lutter contre le feu, il faut parfois savoir utiliser le feu. C’est d’ailleurs ce qu’évoque Pauline Vilain-Carlotti dans son livre lorsqu’elle explique, s’agissant des feux dans la garrigue méditerranéenne la pratique de pyrodiversité où le passage du feu participe de l’écologie du milieu. Mais elle s’empresse d’ajouter que le changement climatique modifie cet équilibre <a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a>.</p>
<p>Cette idée de « contrefeu » ne peut-elle pas être transposée à notre société ? Face au changement climatique, aux incendies, au vieillissement des infrastructures, à la transformation industrielle ou encore à la disparition de certaines activités agricoles – l’arrachage des vignes avec abandon, provisoire ou non, de toute culture des surfaces et repousse de tapis sauvages de petites herbes s’asséchant avec la variation climatique n’en- est-il un exemple ? -, nous cherchons trop souvent à éteindre le feu une fois qu’il est déclaré. Or la véritable prévention consiste à préparer le terrain avant la crise.</p>
<p>Cela suppose du temps, de la planification, de la coopération, des expérimentations, des controverses et parfois des décisions dont les résultats ne seront visibles que plusieurs décennies plus tard. Pauline Vilain- Carlotti <a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> insiste sur l’urbanisme débridé et le déclin des sociétés agricoles. Les terres cultivées et entretenues d’autrefois sont trop souvent devenues des friches. Je peux moi-même observer en effet dans les zones de viticulture de cette si belle région bordelaise les conséquences liées aux décisions de supprimer près d’un tiers du vignoble sans qu’une contrepartie physique ait été envisagée. Les friches se multiplient tandis qu’en parallèle l’autosuffisance alimentaire de notre pays se réduit.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une leçon pour notre société ?</strong></p>
<p>La forêt landaise raconte finalement beaucoup plus qu’une histoire forestière. Elle narre comment une société peut transformer un territoire lorsqu’elle accepte de penser au-delà de l’urgence. Elle relate le rôle de l’État, mais aussi celui des collectivités, des propriétaires, des entrepreneurs, des ingénieurs, des assureurs, des chercheurs et des populations.</p>
<p>Cette histoire devrait nous rappeler qu’une politique publique peut produire des effets considérables lorsqu’elle s’inscrit dans le temps long. En même temps elle exemplifie le fait qu’un modèle construit hier doit être continuellement adapté aux transformations économiques, climatiques et sociales.</p>
<p>Or, nous sommes continuellement en présence d’un même et double mécanisme bureaucratique : d’une part, la réduction d’un problème à traiter à une seule variable : ici le risque du feu, là une question économique, là encore une question écologique ou sociale ; d’autre part, notre incapacité à ne prendre une décision claire, pragmatique et durable (réellement appliquée dans le temps et actualisable), avec toutes les parties prenantes rassemblées au même moment autour de la table</p>
<p>Les incendies de 2022 et de 2026 nous enseignent donc à leur tour qu’une doctrine efficace dans un environnement donné peut devoir évoluer lorsque le phénomène change. Et les exemples de Mann Gulch et de Notre-Dame nous rappellent une autre évidence : dans les situations extrêmes, la question n’est pas seulement de disposer de moyens ; il faut encore être capable de comprendre collectivement ce qui est en train de se produire.</p>
<p>La leçon des incendies n’est donc pas seulement de mieux lutter contre le feu. Elle est de comprendre ce qui permet au feu de devenir incontrôlable. Elle est aussi de savoir remettre en question nos cadres de pensée lorsque la réalité change. Et surtout, elle nous invite à construire en amont les « contrefeux » et les « pares-feux » qui permettront demain d’arrêter ou de prévenir toute crise, incendie ou autre. Gouverner dans le temps long signifie donc ne pas attendre l’incendie pour commencer à préparer les composantes d’un « contrefeu ». C’est déjà ce qui avait été mis en avant durant la pandémie de COVID : à côté du principe de prévention, celui de précaution, existe aussi celui de préparation <a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a>. <u>Anticiper</u> en réappréciant régulièrement les situations pour mieux prévenir ! <u>Manager </u>en se rappelant que les termes <em>ménager </em>(prendre soin) et <em>manager</em> ont la même origine étymologique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Bertrand de Jouvenel, prospectiviste, fondateur de la revue FUTURIBLES a été chargé en 1977 par le Premier ministre Raymond Barre d’un rapport sur la forêt</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> George Sand décrivait la canicule en France le 15 septembre 1870 dans <em>Le Journal d’un voyageur pendant la guerre</em></p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Francis Massé, <em>Urgences et lenteur</em> Première et deuxième édition revue et augmentée Préface d’Anne-Marie Idrac ;</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> La loi lance officiellement le projet. Elle impose aux communes d’assainir et de boiser progressivement leurs landes limitant les plantations à un douzième de leur superficie chaque année, sauf décision contraire. L’État accompagne les communes par le financement des routes, des fossés, et si nécessaire des travaux eux-mêmes.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Pierre Veltz ; <em>Bifurcations : Réinventer la société industrielle par l’écologie</em>, Éditions de Aube, 2024 ; <em>Après la ville : défis de l’urbanisation planétaire,</em> Seuil, 2025</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> Les sapeurs-pompiers sont constitués de professionnels et de volontaires engagés. Ils sont organisés en diverses brigades réparties sur le territoire national. Ils sont rémunérés différemment selon leurs catégories respectives.</p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Johan Huizinga, <em>L’automne du Moyen Âge</em>, précédé d’un entretien avec Jacques Le Goff, Petite bibliothèque Payot, 2015.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> <em>Opus </em>cité</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> Isabelle Barth, <em>Éteindre des incendies par le sens, un hommage à Karl Weick</em></p>
<p>Secrétaire général, The Conversation France, Université de Strasbourg, The Conversation 21 juin 2026</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> <em>Opus</em> cité</p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> <em>Opus </em>cité</p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> Pauline Vilain-Carlotti, <em>L’Épreuve du feu. Habiter autrement la Terre.</em> Flammarion 2026. Cf aussi le Nouvel Obs, du 23 au 29 juillet 2026.</p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> Alors que le principe de prévention s’applique dans un contexte d’environnement certain ; celui de précaution concerne un environnement incertain. Le principe de préparation se place dans un autre contexte : il présuppose l’arrivée effective de la catastrophe et incite à préparer les actions à mener dans ce cas pour éviter le pire.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mdn-consultants.eu/incendies-en-gironde-quelles-lecons-des-contrefeux-pour-mieux-anticiper/">Incendies en Gironde : quelles leçons des contrefeux pour mieux anticiper …</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mdn-consultants.eu">MDN Consultants - Francis Massé</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Ordre et la Liberté : construire une nouvelle nation</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/lordre-et-la-liberte-construire-une-nouvelle-nation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 15:35:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Bien que la désorientation semble générale, le public sent bien le décalage entre les buts que la civilisation s’est donnée jusqu’ici et le lieu matériel où cette même civilisation doit apprendre à résider si elle veut durer. Il suffit pour cela de lire les annonces des scientifiques, tous les jours, dans les journaux. La [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.mdn-consultants.eu/lordre-et-la-liberte-construire-une-nouvelle-nation/">L’Ordre et la Liberté : &lt;br/&gt;construire une nouvelle nation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mdn-consultants.eu">MDN Consultants - Francis Massé</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Bien que la désorientation semble générale, le public sent bien le décalage entre les buts que la civilisation s’est donnée jusqu’ici et le lieu matériel où cette même civilisation doit apprendre à résider si elle veut durer. Il suffit pour cela de lire les annonces des scientifiques, tous les jours, dans les journaux. La déconnexion entre ces annonces d’une menace imminente et l’incapacité d’agir à temps et à la bonne échelle pour en prévenir les effets, est la cause profonde de tous les mécontentements actuels (…) Dépasser le clivage gauche-droite est un immense progrès mais, pour le moment, il ne fait que désorienter encore plus le public tant que l’on ne désigne pas ce vers quoi la société doit dorénavant se diriger. Comme toujours le ni-ni ne mène à rien. Diffuser le mot de « transition » ne rassurera personne tant qu’on ne dit pas vers quoi l’on est appelé à « transiter ».</em> Bruno Latour<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> .</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Du bon usage de la consultation nationale, AOC, 2018. Cet article a été écrit à la suite du mouvement des <em>Gilets Jaunes.</em></p>
<p><span id="more-7014"></span></p>
<p>L’état des lieux du paysage politique français actuel navre et inquiète tant en France que dans le monde.</p>
<p>Une droite brisée où le RN absorbe progressivement les LR, et une gauche en faillite profondément divisée, constituent le décor douloureux d’une France soumise à ses peurs, lesquels sont difficiles à réguler dans une société marquée par la désillusion et la défiance démocratique <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Un centre autant volubile qu’évanescent.  Beaucoup de représentants de ces entités sont parfois gonflés de certitudes : ils ont trop souvent asséné des vérités bâties à partir de fausses croyances. Trop appartiennent à des clans oligarchiques ayant abandonné l’idée de l’intérêt général et national qui pourtant fondait initialement leur détermination et leur courant politique. Lorsqu’en 2000, je publiais <em>Le silence politique</em> &#8211; après quelques refus cuisants de grands éditeurs parisiens dont l’un m’écrivit que sa maison d’édition « <em>ne publiait pas de pamphlets » &#8211; </em>un premier livre où je dénonçais des risques et proposais déjà des axes de solutions que beaucoup n’ont pas voulu considérer comme telles.</p>
<p>Ainsi trois formes d’extrémismes idéologiques se font face aujourd’hui et appellent à nos suffrages demain.</p>
<p>Le centrisme ni gauche-ni droite qui est de fait profondément technocratique tout en se revendiquant « parti de gouvernement ». Il a été, il est aux affaires et il a incontestablement une expérience du pouvoir, mais connait des échecs graves. Sa marque est le progrès économique quasi exclusif.</p>
<p>La droite radicale qui est dans une forme de pensée magique a le beau rôle : ce parti peut facilement désigner les autres comme des adversaires politiques incompétents et les responsables de nos problèmes. Il n’a jamais gouverné depuis de très nombreuses années. Mais sa virginité politique relative est loin d’être un argument suffisant.  Ses membres actuels viennent plus récemment de la droite classique. La thématique migratoire, la redéfinition des liens européens et celle de la sécurité forment son oriflamme.</p>
<p>La gauche radicale alliée à un radicalisme vert se révèle proche de Robespierre c’est à dire d’une certaine forme de totalitarisme bien que ses représentants soient surtout attaqués sur leur antisémitisme supposé. Sa force est la consistance de son travail programmatique, notamment en direction des jeunes et jeunes adultes issus de l’immigration auxquels ils apportent des réponses, un espoir face aux angoisses à l’égard d’un futur dystopique et présenté comme tel, ainsi que l’efficacité de son organisation politique. Sa faiblesse, son dogmatisme et son systématisme.</p>
<p>Dans 9 mois nous serons en situation de devoir voter pour un nouveau président de la République. Un homme ou une femme sera à la tête de l’État en mai prochain ; il devra désigner un Premier ministre lequel constituera un nouveau gouvernement qui se présentera devant l’assemblée nationale, elle-même identique ou renouvelée si l’occupant de l’Élysée décide ou pas de dissoudre.</p>
<p>Face à la crise multiforme que subissent la France, la plupart des pays européens et l’ensemble du système international, les enjeux sont gigantesques.</p>
<p>Alors comment traiter la question ? Trois axes d’orientation.</p>
<p><strong><br />
1 / D’abord repérer les lieux communs d’où qu’ils viennent </strong></p>
<p>Ces lieux communs nourrissent une sorte de post-vérité vis-à-vis de laquelle celles et ceux qui la combattent ont l’impression de forcer les évidences. A juste titre il est indispensable de lutter contre cette culture nihiliste et négative et contre la diffusion de fausses informations.</p>
<p>Sans cesse il nous faut forcer les évidences !</p>
<p>L’urgence est alors de détecter les lieux où se cultive cette absence de pensée coupée des réalités. La seule issue réside dans une pratique démocratique à partir d’une intelligence des réalités. Or il faut rappeler à ce propos que deux éminents Premier ministres (Michel Barnier puis François Bayrou) ont tour à tour souligné l’intérêt de faire publier et débattre des cahiers de doléances issus de la révolte des <em>Gilets jaunes</em>, sans qu’une suite ne fut donnée. Lacune regrettable et dommageable que de passer ainsi par pertes et profits ces témoignages sans doute riches de sens ; alors même qu’un exercice de vérité s’impose à nous pour récréer de la confiance.</p>
<p>Ainsi aucun parti ne semble aujourd’hui dans son idéologie ou sa doctrine, mis à part des hommes et des femmes politiques d’exception, sensible aux nécessités de la nation et du peuple. Ils ne s’attellent qu’insuffisamment à la formalisation d’un projet de société crédible qui réenchante les citoyens et puisse les mobiliser.</p>
<p>Leurs égos, trop souvent, les rendent depuis des années aveugles aux intérêts collectifs, inconscients qu’ils sont de l’impératif de collaborer, hermétiques aux réalités les plus évidentes, oublieux de l’obligation de proposer et assumer un grand projet pour la nation. Le rôle des partis est pourtant majeur, il est écrit dans l’article 4 de la Constitution.</p>
<p>Nombre de leurs idéologies, lorsqu’elles masquent le réel, et ceux qui les promeuvent s’enferment depuis longtemps dans des <em>lieux communs</em>, s’isolent dans des facilités, des idées « prêts à porter », commettent un déni permanent de la réalité.</p>
<p>Avant même les années 1980, une part de la gauche qui avait bâti son programme sur des idées des années soixante reniait l’expérience du printemps de Prague, flirtait avec le maoïsme ou était aveugle et l’égard des atrocités de Pol Pot au Cambodge. Pour ensuite souscrire à la libéralisation économique débridée et au début du démantèlement de l’État. Et la droite, quelques années après défaisait l’État régalien avec la RGPP.</p>
<p>Un État « en désordre » fut généré par ces confusions de l’impensé. Dettes financière (déficits publics accumulés), économique (désindustrialisation et déficit de la balance commerciale), sociale (désengagement et déficit de qualité et quantité globales de travail) et écologique (pollutions, perte de la biodiversité, changement climatique) sont là. Au lieu de peser en faveur d’une construction européenne bénéfique et pragmatique, une France malhabile aura contribué à élaborer une politique européenne illisible et désormais impuissante.</p>
<p>Ce qu’il faut retenir sans doute, c’est que les idées viennent de loin et parfois produisent, sans que l’on s’en doute, des comportements inappropriés. Nous y sommes. Et sans dramatiser aucunement, après le 2 mai 2027 une confrontation multiforme prenant des airs de guerre civile est possible en France.</p>
<p><strong><br />
2/ Définir les actions pour réduire leurs impacts nocifs </strong></p>
<p>Les partis eux-mêmes sont victimes de ces idées découplées du réel, de ces idéologies, de ces fausses représentations. Comment peut-on se défaire de ces entraves sans détruire ce qui a été réussi ?  Ni sans ajouter des souffrances sociales ? La difficulté vient aussi du climat social ambiant : nos sociétés vivent aujourd’hui une sorte de déchéance morale et spirituelle en même temps qu’elles subissent une entreprise de défaisance, une volonté de destruction ainsi que la montée des violences. Pyromanes, pédophiles, féminicides, criminels multiples qui semblent pulluler dans un corps social hébété et impuissant.</p>
<p>Des actions de court/moyen et long terme s’imposent pour sortir de l’ignorance &#8211; une ignorance parfois délibérément construite par certains médias &#8211; car c’est d’abord celle-ci, source de tant de méconnaissances, qui doit reculer.</p>
<p>Plusieurs axes sont possibles autour d’une idée simple : accroître la démocratie participative. Je ne vois pas d’autres moyens que de redonner la parole aux citoyens. La démocratie représentative est précieuse ainsi que le droit de vote. Mais il faut aller plus loin et redéfinir des marges d’action collective et de participation. Le dialogue et les échanges entre citoyens, la fixation de méthodes de controverse sont indispensables pour recréer de la confiance entre les citoyens, et entre les citoyens, leurs édiles et les corps intermédiaires. L’ensemble du corps social doit se réapproprier sa ville, son territoire, la vie sociale ; ses élites, notamment ses élus, doivent réapprendre à penser leur monde et à s’emparer de la pensée prospective.</p>
<p>Il existe un cadre scientifique pour définir des actions audacieuses et innovantes : les notions de démocratie délibérative, d’intelligence collective, de transformation collective, d’écosystèmes complexes innovants et transformants, de capital social et de lien civique, de philosophie démocratique, de prospective et d’intelligence économique, de logotique<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>, fournissent un référentiel très riche pour agir.</p>
<p>Il est grand temps de réaliser un sursaut, un réveil des énergies individuelles et collectives. Comme l’écrit encore Bruno Latour : <em>« </em><em>Le problème, c’est que le retard dans la prise au sérieux de la mutation climatique fait que personne, pas plus l’État que les citoyens – et encore moins les partis dits écologiques –, n’a d’idée précise et partageable sur ce territoire vers lequel on doit désormais se diriger. On sait qu’il faut ancrer toutes les pratiques dans un sol, que les conditions matérielles doivent être « durables », que l’économie doit être « circulaire », mais on sait aussi que chacun de ces souhaits entre en conflit avec toutes les décisions prises antérieurement sur l’équipement des villes, les choix énergétiques, les engagements internationaux, le droit de propriété, les formes d’agriculture, etc. Réorienter vers le terrestre, c’est, par définition, multiplier les controverses sur tous les sujets possibles de l’existence quotidienne et nationale, sans que l’État possède les réponses »<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><strong>[3]</strong></a>.</em> Sans omettre la prise en compte du caractère européen et international de cette dimension écologique où de grands États – Amérique, Russie et Chine – sont clairement des pollueurs de premier ordre et en partie indifférents à notre écosphère.</p>
<p><strong><br />
3- Développer une nouvelle pensée politique, voire une nouvelle théorie de l’action publique </strong></p>
<p>Nous sommes face à un danger réel qui s’autoentretient, la bureaucratie nous envahit insidieusement. A l’instar d’un pyrocumulonimbus (orage de feu) résultat direct de la capacité d’un feu à créer son propre système météorologique, la bureaucratie engendre une bureaucratie décuplée.</p>
<p>Un tel dysfonctionnement devient chaotique et il est difficile de le faire régresser.</p>
<p>Il a d’abord deux principaux inconvénients :</p>
<ul>
<li>Il perturbe nos capacités à percevoir la réalité exacte des situations</li>
<li>Il ne permet pas aux gouvernants de conduire des politiques publiques adaptées car non seulement l’État trop souvent est aveugle mais il impuissant.</li>
</ul>
<p>Cet aveuglement s’aggrave sans cesse ; cette incapacité à bien décider et à bien agir augmente.</p>
<p>En outre ce dysfonctionnement est fractal : il atteint les mécanismes centraux de l’État comme les cellules agissantes de nos services publics où un taylorisme systématique décourage les acteurs. Inutile d’écrire ce qu’il adviendra lorsque existera un recours généralisé de l’IA.</p>
<p>Quelques exemples donneront une idée de l’ampleur du désastre cognitif comme du dysfonctionnement opérationnel.</p>
<p>Dans l’éducation nationale la mise en place de ParcoursSup apparait comme un dispositif par trop complexe, angoissant pour beaucoup de jeunes et de parents, et ce d’autant plus qu’il est fondé sur le dogme d’une sélection précoce. Ce dispositif manifeste le repli d’une administration sur la seule recherche de son efficience interne sans égard aux finalités ni aux choix pertinents pour les atteindre. Que dire du témoignage d’une professeur des écoles stagiaire en apprentissage sur des protocoles éducatifs qui procéduralisent et minutent les actes éducatifs. A ma question sur l’application effective de ces injonctions pratiques elle me répondit qu’elle ne les utilisait pas sauf lorsqu’elle était inspectée en classe.</p>
<p>Dans le domaine de la santé j’ai échangé récemment avec une pédiatre qui à l’hôpital public ne devait accomplir que des tâches de prévention. L’interrogeant sur le fait de savoir si l’acte même d’accomplir aussi des tâches de soin n’enrichirait pas son expérience elle ne me contredit pas mais insistait sur l’obligation de la règle.</p>
<p>Voilà des micro exemples de ce qu’Ibrahim Fall décrit comme le <em>travail réel.</em> Ces coupures artificielles entre les tâches et les fonctions, les métiers mêmes et les responsabilités, ne peuvent que nuire à l’efficacité globale du service et détruisent toute vision d’ensemble.</p>
<p>Ils témoignent aussi de l’existence d’un fossé croissant entre l’encadrement intermédiaire et les cadres dirigeants. Ils supposent l’emploi systématique d’un micro-management dérisoire. J’ai observé ainsi sur beaucoup de visages un désenchantement, ressenti de véritables frustrations professionnelles. Comment bâtir une véritable réforme de l’État et de notre secteur public dans ces circonstances ? Comment remettre de la confiance entre les services publics et les populations. Comment les politiques et les gouvernants peuvent-ils supposer que leurs programmes politiques déjà entachés de constructions hâtives puissent être appliqués par des organisations affaiblies ? Ne voit-on pas le terreau d’aigreurs et de ressentiments ainsi fabriqué, propice à des risques d’effondrement de piliers entiers de notre société et qui nous fragilisent vis-à-vis de l’extérieur ?</p>
<p>J’ai aussi de la tristesse pour cet agent de la SNCF à qui je demande par téléphone des billets de train alors qu’il se débat avec une informatique peu ergonomique.  Parfois de l’impatience lorsque, passager aérien, je fais face à des complications croissantes.  De la colère lorsque j’observe une croissance de la pauvreté et des inégalités sociales dans un pays riche malgré tout, ou lorsque des amis au chômage se voyaient proposer à l’époque de Pôle Emploi, des stages de formation ou des emplois totalement inadaptés à leurs profils respectifs. Pris séparément ce sont là quelques anecdotes. Dans une vision d’ensemble ce constat appuie la thèse d’un désordre de l’État et d’une désorganisation sociale croissante.</p>
<p>C’est pourquoi si une analyse rigoureuse et collective n’est ni faite ni partagée aucun programme politique ne peut être fondé.</p>
<p>J’en terminerai avec quelques principes de base, parmi d’autres :</p>
<ul>
<li>Penser ensemble la réforme de l’État, administration centrale, collectivité territoriales et Europe : comment appliquer le principe de subsidiarité en partant du bas …mais avant qu’une concertation soit efficace, nous prévient encore Bruno <em>Latour, : « il faut donc un travail de description des territoires de vie, effectué par les citoyens eux-mêmes, qui leur permette de repérer ce qu’ils veulent conserver et ce qu’ils veulent modifier de l’ancien régime climatique. Description forcément controversée, contradictoire, mais indispensable pour redéfinir les missions de l’État ».</em></li>
<li>Expérimenter ensuite, ou parallèlement, une administration centrale de ministère en la transformant en agence publique intégrant les services déconcentrés et les établissements publics et opérateurs, ce qui signifie une instance de pilotage stratégique autour du ministre véritable patron dans le cadre de la co-responsabilité gouvernementale <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>.</li>
<li>Une vraie décentralisation doit signifier une véritable autonomie financière et fiscale des collectivités : les régions métropolitaines ainsi que les DROM et COM devront en être les piliers à condition d’une articulation avec les départements (revenir pour cela au conseiller territorial). Toutefois la proposition de Jean-Louis Borloo en faveur d’un État fédéral mérite d’être examinée voire expérimentée.</li>
<li>Abolir le non cumul des mandats mais limiter le nombre de mandats consécutifs</li>
<li>Créer un haut conseil stratégique autour du gouvernement, des préfets et des présidents de région.</li>
<li>Mettre en application le principe le principe de subsidiarité et surtout décider au bon niveau, y compris au sommet de l’État <u>mais à chaque échelon toutes les parties prenantes publiques et privées étant rassemblées.</u></li>
<li>Appliquer enfin une Intelligence économique, une réflexion prospective et une stratégie d’influence autant d’ingrédients essentiels pour une action efficace aux niveaux national régional, national, européen et international.</li>
<li>Reconvoquer les entités représentatives aux réunions supérieures de décision pour faire que les syndicats, dont les syndicats professionnels, se fassent caisses de proposition, de diffusion des enjeux et orientation, de suggestions complémentaires, et ne soient plus de simples organes de représentation et contestation.</li>
</ul>
<p>Par ailleurs dans de le domaine essentiel de la formation des fonctionnaires, il serait pertinent d’approfondir le tronc commun de l’INSP qui doit être repensé, amplifié et piloté pour former des cadres dirigeants publics d’une autre manière. Car il faut remettre de l’intelligence collective dans notre système public en cessant de confondre management stratégique et gestion au détriment du premier afin de pouvoir <em>changer de cap</em> pour apprendre à prospérer. Il est nécessaire que de nouvelles élites administratives rompent le silence sur un existant sans issue et tracent des pistes pour un avenir moins morose. Évidemment la plupart du temps ces élites sont séparées des autres de l’économie et de l’entreprise, de la recherche et de l’innovation technique, des universités, des médias, etc. Tout les sépare ! Le milieu dans lequel elles vivent, les ruptures culturelles auxquelles elles sont confrontées, l’objet de leur activité, la puissance des obstacles qu’elles rencontrent. Mais toutes – en tout cas une partie de chacune d’elles &#8211; décrivent des voies nouvelles et elles ont un point en commun : elles ne sont pas des fins par elles -mêmes. Ces échelons avancés ne sont que des points de départ à partir desquels les réflexions peuvent se multiplier à l’infini.</p>
<p>Ces nouvelles élites finiront un jour ou l’autre par être entendues. Il faut qu’elles puissent être réunies suffisamment longtemps pour échanger librement et définir ensemble quels sont les nouveaux paradigmes qui peu à peu se mettent en place<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Anne Muxel, Pascal Perrineau, <em>Inventaire des peurs françaises,</em> Odile Jacob, 2026</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Francis Massé, <em>La Logotique,</em> L’harmattan, 2023</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> <em>Opus</em> cité</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Francis Massé, <em>Urgences et lenteur,</em> <em>Politique, Administration, Collectivités, un nouveau contrat</em> (deuxième édition revue et augmentée), Fauves Éditions, 2020</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Francis Massé. <em>Refonder le politique.</em> 251 pages. Nuvis, 2012.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> Francis Massé. <em>Refonder le politique.</em> 251 pages. Nuvis, 2012.</p>
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		<title>Paris Air Forum 2026</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/paris-air-forum-2026-vendredi-12-juin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jul 2026 19:35:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<title>La liberté de vivre</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/la-liberte-de-vivre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 14:19:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’ai relu le texte de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le terme vivre n’y existe pas. Cependant il y figure partout. Le premier droit fondamental est nommé liberté. Or y a-t-il liberté autre part que dans la vie ? Nous sommes dans une période très étrange de l’humanité où, comme l’écrit [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai relu le texte de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le terme <em>vivre </em>n’y existe pas. Cependant il y figure partout. Le premier droit fondamental est nommé <strong>liberté</strong>. Or y a-t-il liberté autre part que dans la vie ?</p>
<p><span id="more-7000"></span></p>
<p>Nous sommes dans une période très étrange de l’humanité où, comme l’écrit Jacques Attali, domine <em>l’économie de la mort,</em> à l’opposé de <em>l’économie de la vie</em>. Cette économie de la mort est rattachée à des forces morbides de personnes ou d’intérêts cupides qui ont peur de la vie ou la méprisent et comme effrayés des responsabilités qui sont inhérentes à celle-ci. Alors qu’aujourd’hui le parlement au niveau de l’assemblée nationale débat sur le droit à mourir &#8211; quelle expression inappropriée ! &#8211; nous sommes sidérés de voir que les représentants de la nation hésitent à voter contre un texte sur la fin de vie fondamentalement liberticide puisqu’il donne le « droit à tuer » n’en déplaise à la ministre qui réfutait devant les députés le fait que l’euthanasie fut un acte létal.</p>
<p>Face à ce choix de civilisation que la France hésite à faire, face au monde, cette hésitation à elle-seule est déjà la cause d’une immense tristesse. Qui sont-ils les vrais promoteurs de cette loi funeste ? N’entendent-ils pas leur lointain prédécesseur proclamer : « <em>je voudrais vous rendre avare du sang français </em>» ; il s’agissait du médecin et élu Jean-Jacques Fockedey le 29 décembre 1792 à la Convention nationale lors du procès du roi. Il fut plus tard guillotiné sous la Terreur.</p>
<p>Plus récemment il faut écouter Marie de Hennezel qui en sait plus que nous sur l’accompagnement du mourant qui est le contraire de la précipitation de la mort.</p>
<p>Cette façon de considérer la fin de la vie individuelle en dit long sur notre manière d’appréhender la vie elle-même et ses différentes et si riches caractéristiques, ses différents niveaux de conscience, ses parcours initiatiques, le sens de la souffrance et la recherche de la Joie intérieure.</p>
<p>Plus largement cette conception faussement progressiste de la <em>fin de vie</em> révèle une certaine disparition de la conscience humaine, elle méprise l’engagement des personnels de santé qui sont en intimité avec leur métier, elle annonce le transhumanisme et profane la vraie pensée politique de gauche comme la pensée libérale originelle. C’est d’ailleurs à un épuisement de toute pensée que se rattache cet acte apolitique, totalitaire et mortifère.</p>
<p>Alors que la mortalité natale s’accroît en France depuis 2012 et nous place en 22 -ème rang sur 34 pays européens, que nos jeunes sont déprimés et désenchantés, que nos vieux sont délaissés et meurent de solitude en pleine canicule, ce nouveau crime s’installe dans un cycle d’abandon, d’avachissement et de désespérance. Pourquoi encore infantiliser, faire peur, renoncer ? Alors que tant de possibles sont là, en France et en Europe ?</p>
<p>Mesdames, Messieurs les députés ressaisissez-vous ! Réveillez-nous ! Relevez la France !</p>
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		<item>
		<title>Gouverner autrement implique un changement radical de vision</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/gouverner-autrement-implique-un-changement-radical-de-vision/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 12:54:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mdn-consultants.eu/?p=6989</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il relève du bon sens de choisir une méthode et de la mettre à l’épreuve : si elle échoue, admettez-le avec franchise et essayez en une autre. Mais surtout essayez quelque chose. Franklin D./ Roosevelt, 1932                                                                     On ne subit pas l’avenir, on le fait. Georges Bernanos On ne commande bien qu’avec un esprit large. Charles de [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Il relève du bon sens de choisir une méthode et de la mettre à l’épreuve : si elle échoue, admettez-le avec franchise et essayez en une autre. Mais surtout essayez quelque chose.<br />
</em><strong>Franklin D./ Roosevelt, 1932</strong><em><strong>  </strong>                                                                   </em></p>
<p><em>On ne subit pas l’avenir, on le fait.</em><br />
<strong>Georges Bernanos</strong></p>
<p><em>On ne commande bien qu’avec un esprit large. </em><br />
<strong>Charles de Gaulle <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></strong></p>
<p><span id="more-6989"></span></p>
<p>A la suite de ma dernière chronique je m’attache ici à éclairer davantage nos lecteurs sur les implications pratiques du constat selon lequel, face à la complexité grandissante des défis et des enjeux nos hommes politiques fléchissaient <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. Certes le courage politique est déterminant mais cette expression de courage politique n’est-elle pas trop ambiguë ?</p>
<p>On peut ou non avoir du courage pour des idées ou des actions pertinentes mais également pour les inutiles voire les dangereuses. Ce qui légitime le vrai courage consiste à <em>agir juste</em>, c’est-à-dire de façon ajustée et pertinente.</p>
<p>Alors posons les choses qui exigeraient, pour être agies, de la gouvernabilité. Les thèmes de la campagne électorale sont déjà sur la table ; mais peut-on faire remarquer que ces thèmes étaient déjà installés lors des campagnes précédentes ? Sommes-nous ainsi condamnés à de telles répétitions qui s’expliquent par l’absence de résolutions des mêmes problèmes ?</p>
<p>Nous sommes quelques-uns à soutenir la thèse selon laquelle les approches linéaires et réductrices sont la cause racine de ces déconvenues. Il nous faut faire mentir Lénine selon lequel en politique ceux qui ont raison sont ceux qui ont gagné.</p>
<p>Or agir dans la complexité &#8211; car c’est de cela qu’il s’agit, &#8211; une mise en œuvre pertinente autant qu’audacieuse s’impose, c’est-dire un management politique intelligent. Comme l’écrit Ibrahima Fall : « <em>Manager, c’est délimiter un « espace des raisons”</em> »<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>. Un espace dans lequel croyances, jugements et actions sont évalués en termes de raisons, de justifications et de normes, et non simplement en termes de causes physiques, psychologiques ou de contraintes supposées objectives. Pour mieux penser et mieux investir cet auteur note par exemple que BYD fabrique environ 75 % des pièces de ses véhicules en interne. Il fut un temps où le constructeur automobile était essentiellement un assembleur, externalisant l’essentiel des pièces aux sous-traitants, une véritable leçon de rénovation intellectuelle, au sens fort du terme.Cette exigence de rénovation est celle qu’ont récemment appelé de leurs vœux Antoine Frérot, président de Veolia, et la PDG du groupe FDJ dans une tribune publiée dans <em>Les Échos</em>, allant jusqu’à affirmer qu’il était temps de faire entrer les sciences humaines et sociales dans les entreprises <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>.</p>
<p>Fall de noter aussi que la transformation intellectuelle à l’œuvre dans une partie de l’industrie chinoise commence en particulier dans le management car il n’est ni un simple dispositif d’optimisation, ni un empilement d’outils de pilotage, ni même une pratique cantonnée à l’amélioration du travail bien fait.<br />
À l’inverse, si <em>un espace des raisons</em> n’existe pas ou est atrophié le conformisme règne. Les dispositifs de gouvernance, de normes de carrière, de modes d’évaluation et de cultures managériales historiquement construites n’évoluent plus. Toute transformation pourtant nécessaire devient difficile.</p>
<p>On peut certes citer comme exemple le chantier de la restauration de <em>Notre-Dame de Paris</em> mais à condition de bien y repérer les facteurs réels de succès. Limiter ces derniers à la simplification des procédures est excessif. Nous percevons bien là une forme de conformité à l’air du temps, à l’idéologie ambiante et à l’ambivalence des attitudes vis à vis de l’État et du secteur public. Cependant beaucoup d’autres vecteurs expliquent un tel succès : la légitimité d’une intention, son <em>sens </em>profond, la cohérence intrinsèque d’un projet très complexe, l’excellence de la cohésion des équipes professionnelles et de leurs savoir-faire. Une intelligence collective alliée à un financement important et disponible. Vouloir étendre ce seul chantier à l’ensemble des réformes à mener dans notre pays et en Europe est vertueux et souhaitable, à condition cependant de prendre en compte cet ensemble de vecteurs de réussite.</p>
<p>La question qui doit aussi nous préoccuper réside également dans la manière de concrétiser ces principes en actions et comportements des responsables placés en situation réelle. Comment les organisations peuvent-elles agir en conséquence ? Comment transformer même les outils de transformation des organisations ? Ici ma proposition c’est la LOGOTIQUE <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>. Nous avons vécu et mesuré au cours de la dernière pandémie du COVID, la douloureuse épreuve pour les malades et les familles des victimes, pour les soignants et toutes celles et tous ceux qui participent à la chaîne logistique et économique ou à la chaîne de commandement politique ou administratif. Comment enclencher des modes opératoires convenables. Les Français ne sont pas dupes ; face aux discours politiques, ils veulent vérifier si les divers processus et dispositifs enclenchés afin d’atteindre les résultats souhaitables sont efficaces et robustes, réellement appropriés, voire non contradictoires entre eux. Cela est vrai en toutes choses où l’<strong>organisation</strong> (l’ensemble de la chaine des opérations) de la société intervient, que ce soit des entreprises ou des services publics. En tous les domaines aussi disparates que les OQTF, la construction et le fonctionnement d’écoles, de prisons, d’une intermodalité optimale, la formation ou la recherche, la lutte contre la délinquance ou le féminicide, les violences sexuelles contre les enfants, la formation des jeunes et l’emploi des actifs, la santé des personnes, Etc. Or cette chaine des opérations est constituée par des <u>processus conçus et opérés par des acteurs humains</u>. Sachant que ces derniers doivent autant que possible travailler en synergie dans des <u>entités désilotées</u>. Une affaire d’actualité de moindre gravité que la tragédie vécue par la jeune Lyhann (Cf. <em>infra</em>) illustre néanmoins que les essentiels peuvent disparaitre au profit de l’insignifiance et de bêtise <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comment, en pratique, travailler à changer notre vision ? </strong></p>
<p style="padding-left: 40px;"><strong>1 &#8211; La plupart des candidats veulent traiter la question de l’école. Chiche !</strong></p>
<p>Comprendre c’est d’abord prendre conscience ! A l’heure où l’<em>intelligence </em>artificielle est sur toutes les lèvres, occupons-nous aussi et surtout de l’intelligence humaine. La politique du livre et l’encouragement à la lecture notamment la traduction des meilleurs livres étrangers, l’installation de bibliothèques virtuelles et des capacités de reprographie. L’IA ira son chemin, sa performance technique ira en s’accroissant ainsi que le montre le phénomène technique tout au long de l’Histoire. Arrêter l’IA paraît hors propos : c’est l’Homme, sa spiritualité, le développement de sa propre pensée qui doit être développé. Le vrai enjeu est là, dans un nouvel humanisme contre tout <em>transhumanisme</em>. De fait il n’y a pas, semble-t-il, à <u>s’adapter à l’IA</u> : Il s’agit au contraire d’élever l’humain pour s’en assurer une parfaite maîtrise de l’IA. L’humanité à l’exceptions de quelques initiés n’a pas encore à grande échelle réalisé le potentiel des capacités et de la créativité des individus. Lorsque Edgard Morin évoquait une <em>politique de civilisation</em> n’avait-il pas aussi ceci en tête ?</p>
<p>Rappelons que les plates-formes numériques, les <em>Data</em> sont des centres de calcul non des stockages de données et de contenus. Car les connaissances concernent les lecteurs et là, la valeur primordiale, c’est la <em>compréhension des contenus : </em>c’est donc le fait de comprendre qu’il faut développer une capacité d’intelligence, de discernement et de prise de conscience.  Nous ne sommes plus dans l’ultra rapidité de l’IA mais dans la lenteur de l’apprentissage de la pensée complexe.</p>
<p>Doit alors l’emporter le renforcement de l’autonomie des universités et des établissements scolaires en déployant des principes clairs dûment établis et vérifiés. La formation de professeurs se différenciant de l’IA mais la maîtrisant. Rappelons aussi l’impératif d’ouvrir des cités universitaires internationales, ce qui s’accompagne du fait de libéraliser l’accueil des étudiants en France et en Europe et d’amplifier ERASMUS.</p>
<p>Ne faut-il pas aussi révolutionner l’École maternelle et le Primaire, assurer un continuum entre le secondaire et les deux premières années de faculté, avec des périodes d’apprentissage en alternance ?</p>
<p>Et apprendre la démocratie au quotidien par des exercices oratoires sur des thèmes à défendre ? Tout cela est en cours mais laissons les professionnels &#8211; ici les enseignants &#8211; prendre des initiatives pour amplifier ce mouvement créatif ! Ce qui est bon pour l’école l’est aussi pour l’ensemble des services publics. Laissons respirer la France.</p>
<p style="padding-left: 40px;"><strong>2 &#8211; Comment peuvent-ils s’y prendre au-delà des discours ? </strong></p>
<p>Polycrise, crise totale, transition, bifurcation quel que soit le nom que l’on donne à la situation à laquelle nous sommes confrontés car ce qui s’impose à nous réside dans une mobilisation ordonnée des talents individuels pour saisir une force collective, du village au monde entier. C’est une excellente opportunité.</p>
<p>Comment <em>bifurquer</em>, telle est la question ? <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> De la société du travail salarial aujourd’hui prépondérant au travail collaboratif de la société, demain. Un vaste chantier de dépollution et une planification intelligente vers l’économie durable auxquelles se joint un droit social durable. Un droit à la mobilité qui chapote toutes les modalités de transport écologique, autant de ruptures qui seront en interactions et exponentielles.</p>
<p>Il existe trop de discordance entre les innovations techniques et celles d’ordre social et politique. Il manque précisément dans le travail politique ce que désignait alors le qualificatif <em>d’ingénieurs de l’action,</em> à mi-chemin entre le Savoir et la Mise œuvre <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>.  Une part de notre inefficience provient de notre aveuglement à anticiper les risques futurs nés de nos décisions ou omissions présentes, autant de dysfonctionnements que la disparition et le meurtre de la jeune Lyhann symbolise dans la tragédie. Lenteurs et archaïsme judiciaires, cloisonnement des services, rigidités de la procédure, ratés dans les croisements de fichiers, manquements dans les signalements… Autant d’éléments relevés dans un dossier qui ne fait que souligner une vérité générale : un État en désordre <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a>.</p>
<p>Décider vite, aller plus vite, aussitôt l’élection présidentielle passée, comme s’y engagent tant de candidats est illusoire. Croire qu’il suffit de prendre des ordonnances ou de signer une circulaire qui s’ajoute à des milliers d’autres et court le risque de ne pas être suivie est la preuve d’un véritable aveuglement. D’abord parce la production de normes n’est pas en soi une attente des citoyens. Ensuite parce que gouverner, manager sont des actions plus complexes et plus denses qu’un simple acte de prise de la décision <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>.<br />
<strong> </strong></p>
<p style="padding-left: 40px;"><strong>3 &#8211; Gouverner ? Ont-ils compris ? </strong></p>
<p>Si comme le note Dan Rodrick : « <em>ce sont en définitive les entrepreneurs </em>(politiques) <em>qui pratiquent l’arbitrage entre les idées intellectuelles et les incidences politiques, alors il serait confortable de connaître les circonstances où cet arbitrage s’effectue en réalité et où les entrepreneurs politiques sont vraiment en mesure de mettre en œuvre leurs innovations politiques</em> ». C’est alors que je formule ici une hypothèse selon laquelle, d’une part, les idées intellectuelles bien qu’elles existent plus souvent qu’on ne le croit, sont insuffisamment, diffusées et connues &#8211; et leurs auteurs souvent curieux et innovants parfois mis sur le côté-. Et, d’autre part, la mesure exacte de ces inefficiences n’est pas correctement opérée. Preuve en est, en particulier dans notre pays, le peu de cas fait à l’évaluation, aussi bien l’évaluation <em>a priori</em> c’est-à-dire avant les prises des décisions (l’analyse préalable des impacts), que les évaluations <em>a posteriori</em>.</p>
<p>Il existe, osons le dire, une forme discrète de <em>totalitarisme de la pensée</em> dans notre culture politique et administrative. Selon certains auteurs, pour que de nouvelles idées détrônent les intérêts personnels il faut que : les entrepreneurs politiques remarquent et exploitent ces points faibles dans la structure des idées, institutions et incitations. <a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a></p>
<p>Ceci nous renvoie à la qualité, rare à notre époque, du discernement. Mais j’émets une autre hypothèse : nos prétendants candidats à la présidentielle, aussi ambitieux soient-ils &#8211; et j’emploie ici le terme au sens noble -, n’auraient-ils finalement pas peur de ne pas être à la hauteur de la fonction face à de tels enjeux systémiques pour lesquels ils savent fort bien que ni le contexte ni les leviers d’action ne sont aujourd’hui appropriés pour s’y confronter ?  Je leur prête de l’ambition et des qualités ; mais font-ils preuve d’un vrai effort pour penser l’instant d‘après, celui où ils seraient élus et s’y préparent-ils ?</p>
<p>J’adhère aux propos de Romain Laufer selon lequel le management s’est longtemps pensé comme l’art de gérer des entités closes. Des entreprises dont l’intérieur devait être organisé, rationalisé, piloté. Cette conception supposait un cadre stable, des anticipations maîtrisables et des instruments fiables. Mais – se demande-t-il : <em>que se passe-t-il lorsque ce cadre lui-même vacille ? Lorsque les catégories habituelles d’anticipation ne tiennent plus ?</em></p>
<p>Et de conclure qu’un tel management politique «<em> engage une réflexion sur les conditions de possibilité de la démocratie et sur la place du management dans des sociétés confrontées à l’incertitude radicale. Comment maintenir des espaces de décision collective lorsque les repères s’effondrent ? Comment éviter que la gestion de l’incertitude ne reproduise des formes de subordination incompatibles avec l’exigence démocratique ? ». </em>Justement nous y sommes dans cet univers incertain et fragile et personne ne nous fera croire que même le meilleur en <em>com </em>parviendra à manager s’il n’est pas prêt !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> <em>Vers l’armée de métier,</em> publié en 1934. De Gaulle y défend une idée simple, mais décisive : le commandement ne repose pas seulement sur la technique, l’autorité formelle ou la rapidité d’exécution. Il exige d’abord une pensée capable de discerner l’essentiel, de relier les sujets et de comprendre plus large que son seul domaine. C’est en ce sens qu’il affirme que la véritable école du commandement est la culture générale.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> <em>Des enjeux géopolitiques complexes : quels dirigeants ? quelle administration ?</em> Francis Massé, Mai 2026</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> IBRAHIMA FALL Manager, c’est délimiter un « espace des raisons” <a href="https://www.linkedin.com/in/ibrahima-fall-phd-a4ab4512/?lipi=urn%3Ali%3Apage%3Ad_flagship3_profile_view_base_contact_details%3B8L4ohcB%2BQHycvv5nLZ2X0Q%3D%3D">linkedin.com/in/ibrahima-fall-phd-a4ab4512</a></p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> <a href="https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/un-paradoxe-silencieux-regne-en-entreprise-on-celebre-lesprit-critique-tout-en-multipliant-les-process-et-les-reportings-2211331">https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/un-paradoxe-silencieux-regne-en-entreprise-on-celebre-lesprit-critique-tout-en-multipliant-les-process-et-les-reportings-2211331</a></p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Francis Massé, <em>La Logotique</em>,  L’Harmattan ,2023</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> <a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/il-deposait-des-enfants-devant-chez-eux-pour-leur-eviter-les-dangers-de-la-route-le-licenciement-d-un-chauffeur-de-car-scolaire-confirme-aux-prud-hommes-20260606">https://www.lefigaro.fr/actualite-france/il-deposait-des-enfants-devant-chez-eux-pour-leur-eviter-les-dangers-de-la-route-le-licenciement-d-un-chauffeur-de-car-scolaire-confirme-aux-prud-hommes-20260606</a></p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Pierre Veltz, parle plutôt de bifurcation que de transition parce qu’il pense qu’il faut opérer un certain nombre de ruptures. A son avis, le terme de transition donne une vision trop linéaire des choses. La bifurcation renvoie à des changements plus profonds.</p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> Francis Massé, <em>Le silence politique</em>, Ouest-Éditions, 2000</p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> Francis Massé. <em>Refonder le politique</em>,  Nuvis, 2012</p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> Conseil d’État, <em>L’usager du premier au dernier kilomètre, un enjeu d’efficacité de l’action publique et une exigence démocratique ;</em> 2023</p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> Edward Lopez et Wayne Leighton, Madmen, Intellectuals, and Academic Scribblers: The economic Engone of Political Change, Stanford University Press, Stanford, CA, 2012 mentionné par Dani Rodrick <em>opus </em>cité</p>
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		<title>Des enjeux géopolitiques complexes : quels dirigeants ? quelle administration ?</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/des-enjeux-geopolitiques-complexes-quels-dirigeants-quelle-administration/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 17:43:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La campagne électorale française des présidentielles de 2027 est mal partie car la plupart des prétendants ne semblent pas, à ce stade en tout cas, vouloir revoir de fond en comble les conditions réelles d’existence des populations.  Des schémas de pensée préétablis, des préjugés et quelques idéologies (qui ne sont pas les valeurs), qui plus [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La campagne électorale française des présidentielles de 2027 est mal partie car la plupart des prétendants ne semblent pas, à ce stade en tout cas, vouloir revoir de fond en comble les conditions réelles d’existence des populations.  Des schémas de pensée préétablis, des préjugés et quelques idéologies (qui ne sont pas les <em>valeurs</em>), qui plus est, s’exprimant dans un contexte de polarisation radicale des idées, empêchent toute controverse démocratique.</p>
<p><span id="more-6980"></span></p>
<p>Pour paraphraser Raymond Aron, c’est sur un fond d’ignorance que reposent ces faux débats prétendument démocratiques. Dans cette société obturée vis à vis d’elle-même comme à l’égard de l’extérieur, rien de performatif ne surgira.</p>
<p>Avec tout le respect que l’on doit avoir vis à vis de ces personnes qui s’engagent &#8211; car après tout, même si c’est difficile, le champ des bretteurs est ouvert aux opposants qui au lieu de critiquer peuvent toujours trouver le courage d’entrer à leur tour dans l’arène -, il est manifeste que leur combat est largement <u>anachronique</u>.</p>
<p>Ce n’est pas en effet en parlant superficiellement d’IA ou de technologie à chaque discours que l’on paraîtra pertinent ni en proximité avec ces révolutions en cours aux effets systémiques. Ce que les gens attendent, et j’emploie un mot au sens désormais saturé, ce sont des solutions.</p>
<p>Arrêtons-nous un moment sur cette notion de SOLUTION. De fait il s’agit d’élucider d’abord les besoins et les nécessités du pays et des citoyens <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Puis de rechercher les voies et les moyens d’y parvenir en surmontant les risques de contradictions et donc en trouvant les compossibles, en discernant les politiques néguentropiques contre le chaos social qui nous menace.</p>
<p>L’art de la politique est là : se hisser au niveau du Politique. Je concède les entraves à agir de la sorte alors que tout est contre cette démarche : le mainstream, le système médiatique dominant le cortège des faux-semblants et l’attirance vers la dérision, la vanité et la manipulation. Comme l’écrivait Jacques Ellul, trois mouvements coexistent dans ce jeu suicidaire : la Négation sans issue, ce plaisir délirant de détruire ; le Mouvement sans direction, nous sommes partis à une vitesse sans cesse croissante vers nulle part ; le ressassement dans l’accélération où nous sommes saisis par ce mouvement accéléré mais avec un prodigieux mécanisme de répétition<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. L’usage des mèmes, de l’humour cruel et du <em>trolling </em>ne sont que la suite amplifiée de ces tendances mortifères.</p>
<p>Pourtant quelle est l’alternative sinon la lassitude, le désengagement, la paresse intellectuelle et, au bout, le désastre ? Assurément une <em>troisième voie</em> est à rechercher !</p>
<p>Par conséquent, et je l’ai souvent suggéré dans différentes chroniques, les SOLUTIONS sont inscrites dans les SITUATIONS que nous devons avoir préalablement étudiées avec un regard clinique. Également avec un regard positif en recherchant l’opportunité dans le problème.</p>
<p>Que ce soit en matière d’immigration sur laquelle les discours nauséabonds masquent l’inertie et le manque d’imagination, le chômage où l’on est en quelque sorte à côté de la plaque du fait d’une insuffisance de prospective, sur la nature exacte de ce que serait le travail dans le futur ; ou bien encore de la triple transition économique, écologique et sociale pour laquelle nous semblons désarmés pour en définir les modes opératoires. Enfin dans nos sujets de territoires où nous procrastinons et dans bien d’autres dossiers encore.</p>
<p><strong>Il faut mieux faire.</strong></p>
<p><em>« Il</em> <em>fallait faire mieux</em> <em>et c’était à nous qu’il incombait de rendre le monde meilleur », </em>c’est en ces termes que Jürgen Habermas définissait après la guerre <em>l’impératif politique du moment</em> lors de son premier semestre d’études philosophiques à Göttingen <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>.  Car même si nous savions &#8211; mais combien d’entre nous ? – les erreurs commises aux effets dévastateurs, dans les différents domaines de la production et de l’écologie, par exemple, la prise de conscience des <em>baby-boomers</em> en position de décision n’était pas importante. Le sujet aujourd’hui n’est pas d’établir des tribunaux d’exception même médiatiques mais d’agir assez vite pour muter. Nous commettrons certainement d’autres fautes mais nous savons ce qu’il est indispensable de réparer et les grandes directions vers lesquelles il faut aller pour le faire.  Or il est assez surprenant d’observer une quasi-absence de volonté, de dessein dans les premières réflexions de nos prétendants. Il y a comme un air de renoncement dans ces attitudes. Les ambitions personnelles aussi explicables soient-elles n’ont que peu de valeur au regard de cet <em>impératif politique</em>.</p>
<p>Face aux enjeux politiques et géopolitiques complexes n’y-a-il pas besoin de leaders possédant une <em>pensée systémique</em> ? Dotés d’une façon de comprendre la réalité en abordant ses phénomènes en tant qu&rsquo;ensembles plutôt qu&rsquo;en parties séparées ? <em>Comprendre la réalité</em> signifiant ici et imposant de l’appréhender dans son devenir, sans vision statique ; bref une pensée prospective et réaliste et non de simples projections statistiques. Ce que j’affirme pour l’homme ou la femme politique, vaut également pour l’administration à l’égard de laquelle être sévère n’est pas une marque de dédain, bien au contraire.</p>
<p>Ellul a bien raison lorsqu’il souligne le ressassement, les répétitions des mêmes problèmes et des mêmes fausses solutions. Aron également sur l’incompétence : il n’y a qu’à voir le retard inconséquent de la modernisation de la gestion des personnels dans la Fonction publique, l’insondable abime de la gestion des effectifs et des compétences, le curieux méli-mélo des structures administratives, la dualité déséquilibrée centralisme/décentralisation, les dogmes du cadre budgétaire, l’incroyable <em>silence politique</em> sur la réforme de l’État <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>, la gouvernance par les nombres <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>, les légèretés dans l’analyse des réalités territoriales <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>, etc.</p>
<p>C’est pourquoi, je parlais ci-dessus d’<u>anachronisme</u> en me référant au décalage entre le discours des prétendants accrochés au 20<sup>ème</sup> siècle alors que le 21<sup>ème</sup> est là avec de nouveaux enjeux et de nouveaux paradigmes. Peut-être de bonne foi et en toute conscience les politiques hésitent-ils à inquiéter les citoyens ; on peut peut-être le leur accorder. Mais à notre sens ce comportement est erroné car ce faisant n’augmentent-ils pas le sentiment d’insécurité de nos compatriotes ?  Ne vaut-il pas mieux au contraire tracer un chemin fondé sur des vérités, voire même formuler des hypothèses ou écrire des scénarios crédibles audacieux ?</p>
<p>Mais la tâche est rude pour ces politiques car ils sont souvent tenus de demeurer telle l’analogie de ‘la caverne’ de Platon dans le monde des représentations plutôt que de s’ancrer dans la réalité.</p>
<p>Ce monde des (fausses) représentations, les médias mainstream l’alimentent. Déformés qu’ils sont parfois par les contraintes de leur modèle économique, par la culture parfois insuffisante de leurs journalistes, ou par les guerres informationnelles.  Voire par l’impératif du taux d’audience, pensant à tort mais aussi parfois à raison, que le succès de l’audimat serait proche de zéro. (Ceci sans parler ici de la contrainte d’orientation politique imposée par certains magnats de la presse, au risque de d’écarter délibérément des journalistes de compétence acquise et reconnue). Il est indispensable de mettre fin à cette propension à l’approximation qui nous fait nous contenter de quelques bribes d’informations désarticulées qui empêchent la compréhension des problèmes à traiter. Par conséquent comment contrer ces images factices de la réalité sociale au risque de n’être pas compris, ni d’ailleurs de n’être tout simplement pas interviewé ? En toute hypothèse il est presque impossible qu’un futur homme d’État puisse innover si un substrat d’informations et de connaissance du sujet n’a pas été préalablement instillé dans l’opinion. Vecteurs de la démocratie, les Médias ne doivent pas être précisément les fossoyeurs même involontaires, de la démocratie, et plus largement du Politique.</p>
<p>L’opinion publique, c’est l’autre contrainte des prétendants. Les électeurs doivent être convaincus. Mais, pour l’être, il est également nécessaire qu’ils s’efforcent au civisme, ce dernier commençant, par un intérêt manifeste à la <em>res republica.</em> Ce triptyque candidat à l’élection/médias/Citoyen est au centre de la crise démocratique que nos pays subissent aujourd’hui. C’est pourquoi en dépit des critiques souvent fondées à l’égard de nos politiques nous gardons quelque admiration pour leur courage, en tout cas à l’endroit des plus vertueux d’entre eux, ils existent.  De plus, nous exhortons nos concitoyens à s’intéresser à la chose publique et s’exprimer dans l’intérêt de leurs enfants et petits-enfants, et du pays dans lequel ils vivent. Le potentiel est là, à constater le dynamisme de la vie associative (1,5 millions d’associations en France et quelque 20 millions d’adhérents), la vitalité des Think tanks (environ 53 cercles de réflexion) et le magnifique engagement de millions d’individus créatifs dans tous les secteurs de notre société. Sans oublier les diverses académies, les centres de recherche et les universités.</p>
<p><strong>En conclusion,</strong> un simple vœu : faciliter la rencontre de tous ces <em>acteurs pertinents</em> pour qu’ils puissent se connaître, se reconnaitre et collaborer dans leurs différences et leurs complémentarités et ainsi s’épauler dans l’intérêt général français et européen. La plupart de ces initiatives pertinentes et bénéfiques sont trop souvent séparées et ne cherchent pas à s’allier.</p>
<p>De fait il s’agirait de rassembler celles et ceux dont la prise de conscience est telle que leur lucidité et leur analyse de la situation les rendrait tout à fait aptes à une coopération constructive. Ne doit-on pas en ces temps d’exigence, se concilier, se reconnaître pour analyser et projeter les politiques et stratégies nécessaires. Toutefois c’est avec regret que l’on constate le plus souvent un individualisme assez prononcé chez la plupart d’entre eux. Comme si leur regard perçant et visionnaire altérait leur capacité à latéraliser leurs actions permettant ainsi de s’associer à d’autres. Il semblerait cependant que la poutre bouge. Que face à crise globale que nous traversons, l’étendue des transitions à conduire stimule l’intelligence collective, l’esprit <em>Notre Dame de Paris</em> en quelque sorte….</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Jacques Lévy, <em>Dire et réfléchir l’injustice ; la parole des français</em>, Fondation Jean Jaurès Éditions ,2026 ; <a href="https://metahodos.fr/2021/03/16/reequilibrer-le-developpement-de-nos-territoires/">https://metahodos.fr/2021/03/16/reequilibrer-le-developpement-de-nos-territoires/</a></p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Jacques Ellul, <em>Trahison de l’Occident</em>, Calmann-Lévy, 1975</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Jürgen Habermas, <em>« Il fallait faire mieux… »</em> Entretiens avec Stefan Müller-Doohm et Roman Yos, Gallimard, 2026</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Francis Massé, <em>Le silence politique,</em> Ouest-Éditions, 2000</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Alain Supiot, <em>La gouvernance par les nombres</em>, Fayard, 2020</p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a>Jacques Lévy, <a href="https://www.linkedin.com/pulse/laménagement-du-territoire-doit-laisser-la-place-à-des-jacques-lévy-fpi8e">https://www.linkedin.com/pulse/laménagement-du-territoire-doit-laisser-la-place-à-des-jacques-lévy-fpi8e</a></p>
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		<title>D’une Europe Arlequin à une Europe à l’unisson</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/dune-europe-arlequin-a-une-europe-a-lunisson/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 07:53:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mdn-consultants.eu/?p=6972</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes. Goethe Notre Europe aux formats imbriqués français, allemand, polonais italien, britannique, est aujourd’hui dans une extrême confusion. Des stratégies contradictoires et cachées, voire inexistantes l’on ne sait pas trop bien, la condamnent à l’impuissance. Géopolitique et géoéconomie sont en dissonance croissante [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes.</em> Goethe</p>
<p><span id="more-6972"></span></p>
<p>Notre Europe aux formats imbriqués français, allemand, polonais italien, britannique, est aujourd’hui dans une extrême confusion. Des stratégies contradictoires et cachées, voire inexistantes l’on ne sait pas trop bien, la condamnent à l’impuissance. Géopolitique et géoéconomie sont en dissonance croissante car notamment le partenariat public/privé est faible et en outre l’Europe du marché unique ainsi que les filières industrielles sont fragmentées.</p>
<p>Insistons sur la mise en œuvre d’une démocratie plus grande. Poussons le destin à nous confier des leaders inspirés tels les empereurs romains hispaniques comme Trajan et Hadrien.  Rêvons d’un Mirabeau au Parlement européen, qui transformerait le Parlement européen en Assemblée constituante. D’un Goethe européen qui donnerait une âme à notre Europe ou alors d’un De Gaulle qui entraînerait le conseil de l’Union européenne vers un aggiornamento. À moins qu’un Mario Draghi ne réussisse à faire en sorte que la Commission européenne change la donne et gouverne autrement ! Qu’importe les acteurs pertinents qui oseront renverser la table mais les peuples européens sont impatients et souhaitent sortir du <em>silence politique</em> actuel de nos dirigeants actuels, sans idéal, ni ambition, ni exigence, dépourvus de moyens d’action dont apparemment ils ne savent pas se pourvoir, les confinent insidieusement <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>.</p>
<p>Il est temps de sortir par le haut de nos contradictions effrayantes et parfois inénarrables, voire stériles. Il est temps de réfléchir de nouveau à ce que représente notre Europe. Ce que disaient il y a plus de vingt ans Jacques Derrida et Régis Debray sonnait déjà comme un avertissement : une véritable réflexion pour avoir prise sur notre destin collectif <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>.</p>
<p>Cette nouvelle chronique, se propose de susciter quelques pistes sur le terrain d’une pratique au service d’une vision.</p>
<p><u>Quelques dossiers structurants et emblématiques.</u></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>1- Le Mercosur. </strong></p>
<p>La France se trompe dans cette affaire par manque de pragmatisme collectif au niveau européen mais encore d’anticipation au niveau français. L’objectif d’une coopération économique avec d’autres zones géographiques dans le monde dans le prisme de l’OMC n’est pas infondé. Car il permet progressivement d’augmenter la pertinence et le niveau de qualité des normes commerciales économiques, fiscales et financières, sociales, environnementales et sanitaires, qui sont déjà sur la table, ce, au prix certes de compromis temporaires. Accommodements susceptibles d’être compensés au cas par cas par des mesures adaptées et efficaces permettant d’accompagner les secteurs concernés afin qu’ils puissent relever les défis de la concurrence. Cette dernière étant appréhendée comme stimulante et force de créativité et non comme une doxa.</p>
<p>Quelle est l’alternative ? Un repli sur soi, une fermeture aux innovations et marchés futurs. Une incompréhension de nos partenaires européens et de la défiance ? Bien sûr que non !</p>
<p>En fait nous ne sommes pas assez porteurs d’un sens réaliste de la <em>vraie</em> souveraineté. Le principe de souveraineté &#8211; <em>la compétence de la compétence</em>, selon Georg Jellinek &#8211; désigne la capacité exclusive d’un État à déterminer l’étendue de son propre ordre juridique sans dépendre d’autres autorités. C’est-à-dire un État, un peuple, capable de déterminer pour lui-même l’existence de sa propre compétence nationale), mais qui ne doit pas s’exonérer d’une coopération approfondie et intelligente avec les pays européens, visant ou pas une souveraineté européenne limitée. A l’heure des États-Continents nous ne pouvons pas nous exonérer de ce <em>multiplicateur de puissance</em> que représente l’Europe. A cette fin, nos élites et nos gouvernants doivent mieux comprendre et anticiper les risques d’influence ou d’ingérence, savoir se sécuriser sans être protectionniste, avoir une démarche active et offensive, c’est-à-dire une stratégie d’influence <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>. A condition, comme le répète à juste titre Nicolas Ravailhe &#8211;   pour ce qui concerne notre pays &#8211; de se mettre en situation de chercher à gagner des points, à atteindre une cible à partir d’un projet préétabli plutôt que de se contenter d’avoir raison <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>2- Simplification et dérégulation : le mot et la chose &#8211; l’esprit et la pratique </strong></p>
<p><strong> </strong>Nous entrons là dans un domaine qui concerne la gouvernance et le management des entreprises comme des États. Le désordre bureaucratique s’empare des organisations publiques ou privées qui sont de fait mal gérées.</p>
<p>L’exemple du dossier de la voiture électrique et le jeu du est manifeste d’un jeu de Yo-Yo incompréhensible. La puissance économique et commerciale européenne ne saurait être gouvernée au gré des seules modes et influences. Même si le lobbying <em>sent le soufre</em>, victime d’abus réels, il ne faut pas l’abolir pour autant car il est inhérent à la démocratie et à la liberté des acteurs économiques. Sans doute, en revanche la gouvernabilité de l’Union européenne comme des États-Membres, doit-elle se renforcer grâce au renforcement dans leurs instances respectives d’un véritable écosystème de la connaissance. Il est indispensable à la fois de mieux appréhender les réalités complexes avant la décision, et cette dernière se doit d’être mieux concertée afin de mettre en place des calendriers réalistes. L’épisode de la voiture électrique est à cet égard éclairant.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>3- Le financement du futur </strong></p>
<p>Ballotée selon les pays, entre endettement et remboursement des emprunts, déficits budgétaires, effort de défense et de sécurité, transition écologique et plans de dépollution, réindustrialisation et infrastructures, rénovation urbaine et logement, agriculture raisonnée et santé, Éducation et formation, l’Europe fait face à des défis majeurs de financement. Eux-mêmes corrélés à des lacunes dans la gestion des projets et des chantiers, voire à un nombre insuffisant d’entrepreneurs &#8211; en certains domaines il s’entend, dont ceux de la métallurgie et du BTP &#8211; et à un affaissement de l’esprit d’entreprise. Il est vrai que cette bataille économique et cette concurrence parfois forcenée à l’intérieur du <em>marché unique</em> s’inscrivent dans un contexte divergences politiques croissantes entre puissances européennes.</p>
<p>Dans un tel contexte, l’innovation financière au service de l’économie réelle doit être au premier plan. Tous les moyens sont là : rénovation du marché financier, marché unique des capitaux, Eurobonds, emprunt européen, dette commune européenne en alternative au dollar mais en réduction de la dette publique française.  Cependant un maître mot doit être cité : c’est celui de CONFIANCE. Cette confiance entre pays européens implique à la fois un effort mutuel de compréhension et de prise en compte des contraintes de chacun, ainsi que des changements effectifs de comportement et de doctrine dans certains pays, <u>dont le nôtre.</u></p>
<p>Pour répondre à ces attentes et relever ces défis, être à la hauteur des enjeux, une gouvernance affaiblie par un manque certain d’ingénierie collective doit être corrigée au plus vite ,ceci en retrouvant une capacité de production conceptuelle et une position de force dans l’esprit de concrétisation, dans la culture du résultat.</p>
<p>Il convient également de mettre fin à notre niveau insuffisant de compréhension, de capacité cognitive, et à une émotivité tangible et dangereuse des dirigeants par rapport à des Médias eux-mêmes incapables de s’empêcher de nous instruire.</p>
<p><strong>Conclusion : un état d’esprit à reconstruire sur le plan socio-économique </strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De même que personne n’a le <em>monopole du cœur</em> quiconque peut posséder l’esprit d’entreprendre. Il existe des entreprenants en toute chose et dans tous les domaines, tous les métiers ou les tous secteurs économiques.</p>
<p>La figure emblématique demeure le créateur d’entreprise, le chef d’entreprise ou le manager stratège, plus que le gestionnaire. Et il est juste de souligner que des entreprenants existent partout dans les secteurs associatifs, dans le secteur public et parapublic, comme dans les entreprises de toute taille.</p>
<p>Il nous faut rendre hommage à ces personnes qui favorisent &#8211; et sont le plus souvent à l’origine &#8211; d’une création de valeur sans laquelle notre pays déclinerait. Du reste, c’est parce que nous manquons de ce type d’acteurs que la France frôle une pente déclinante.</p>
<p>L’objectif ici n’est pas de faire sombrer le lecteur dans une humeur pessimiste. Il est de contribuer au contraire à renforcer son désir parfois latent de participer au sursaut.</p>
<p>Il est difficile de comprendre que la France soit à ce point partagée entre deux états d’esprit : l’un en faveur du profit, l’autre de la rente.</p>
<p>Il nous faudra aussi définir la valeur : qu’entend-t-on par-là ? Prospérité, croissance, richesses …et pour quelle <em>société désirable</em> ?</p>
<p>Qu’y a-t-il de commun entre la vision d’un Édouard Michelin qui considérait l’argent comme du pétrole, une simple énergie, un moyen et non une fin en soi, avec les excès de la financiarisation de l’économie réelle ? Prendre aussi en considération l’analyse d’Emmanuelle Duez, qui appréhende l’<em>engagement </em>comme <em>l’or noir ; </em>juger pertinente celle de Stiglitz sur la <em>cupidité</em> qui dénonce sinon l’enrichissement sans cause, du moins l’hyper performance et les surprofits qui perturbent la cohésion interne des entreprises et le climat social sans doute, mais aussi le climat des affaires et le potentiel de coopération.</p>
<p>Qui peut prétendre qu’un management parfois nocif ne saurait nous précipiter pas exactement à l’encontre de l’accomplissement de l’artisan-collaborateur ? Ici la théorie marxiste de l’aliénation est fondée. « Artisan/collaborateur » à ce stade je ne trouve pas mieux pour nommer le travailleur qui génère par sa participation à l’entreprise collective une création de richesse. J’évite ainsi d’employer le terme de salarié pour rejoindre ici les thèmes du <em>courant constructif</em> selon lesquelles le salariat sera à terme obsolète <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>.</p>
<p>Il est possible d’entrevoir deux possibilités pour transiter vers une autre organisation socioéconomique. D’une part, ce qui est déjà le cas pour partie, un écosystème de la <em>supply chain</em> où les entreprises, de la Start-up au grand groupe entreprennent d’une certaine façon de s’approcher d’une configuration sur un pied d’égalité. Une approche gagnante pour le management de l’innovation.</p>
<p>L’autre possibilité serait de développer l’<em>apport</em> <em>en industrie</em> qui représente l’apport immatériel où un associé met à la disposition de la société ses connaissances techniques, son savoir-faire, son travail, en échanges de titres spécifiques.  Le droit des affaires contient des potentiels d’innovation juridique porteurs d’adaptation aux conditions de travail du 21<sup>ème</sup> siècle. Par exemple il existe un système novateur à implanter dans la sphère du droit des affaires européen, notamment du droit des sociétés, la commandite notamment. Il en est de même dans le droit social (droit du travail et droit de la sécurité sociale) <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>. Il est très utile aussi d’étudier l’organisation de la distribution des responsabilités du haut management dans la société AIRBUS AEROSREUCTURES GMBH de Hambourg.</p>
<p>En résumé, Il existe un certain nombre d’instruments à potentiel élevé qui peuvent être porteurs de développement et de croissance au sein de l’écosystème économique et social européen qui peuvent servir un dessein européen. De même en est-il possible dans la gouvernance publique. Sortons des slogans superficiels et des oppositions de façade entre public et privé et recherchons l’efficience pour une nouvelle prospérité européenne.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Francis Massé, <em>Le silence politique</em>, Ouest-Éditions, 2000 &amp;<em>. Le citoyen, clé de l’Europe</em>, Ouest-Éditions, 2004.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a>[2] <a href="https://youtu.be/sTGijV84ra0?si=jVGPsx9jSZpxgyA5" target="_blank" rel="noopener">https://youtu.be/sTGijV84ra0?si=jVGPsx9jSZpxgyA5</a></p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a>Claude Revel.  <a href="https://www.youtube.com/watch?v=obvcbM2nETY" target="_blank" rel="noopener">https://www.youtube.com/watch?v=obvcbM2nETY</a></p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Nicolas Ravailhe. <a href="https://www.linkedin.com/in/nicolas-ravailhe-72069b1/recent-activity/all/" target="_blank" rel="noopener">https://www.linkedin.com/in/nicolas-ravailhe-72069b1/recent-activity/all/</a></p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> <a href="https://courantconstructif.com/" target="_blank" rel="noopener">https://courantconstructif.com/</a></p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> <a href="https://www.college-de-france.fr/media/alain-supiot/UPL2446193606379219465_Au_dela___de_l_emploi.pdf" target="_blank" rel="noopener">https://www.college-de-france.fr/media/alain-supiot/UPL2446193606379219465_Au_dela___de_l_emploi.pdf</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.mdn-consultants.eu/dune-europe-arlequin-a-une-europe-a-lunisson/">D’une Europe &lt;em&gt;Arlequin&lt;/em&gt; à une Europe &lt;em&gt;à l’unisson&lt;/em&gt;</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mdn-consultants.eu">MDN Consultants - Francis Massé</a>.</p>
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		<title>Le retour du politique ? Vraiment ?</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/le-retour-du-politique-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 09:29:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le fou n‘est pas l’homme qui a perdu la raison, mais celui qui a perdu tout sauf la raison G.K. Chesterton Orthodoxy (1908)  À l’aune des grands personnages de notre histoire, par exemple en se référant à Louis XI ou à de Gaulle, la figure de l’homme d’État telle que nous l’avons en tête se [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Le fou n‘est pas l’homme qui a perdu la raison, mais celui qui a perdu tout sauf la raison</em> G.K. Chesterton <em>Orthodoxy</em> (1908)<strong>  </strong></p>
<p><span id="more-6966"></span></p>
<p>À l’aune des grands personnages de notre histoire, par exemple en se référant à Louis XI ou à de Gaulle, la figure de l’homme d’État telle que nous l’avons en tête se fait rare à notre époque. Est-il concevable de considérer que nous assistions au « retour du Politique » en cette période historique où rien n’est à l’échelle de ce temps d’exigence. Si d’aventure l’image de nos dirigeants actuels devaient, à l’instar du Président des États-Unis, s’imposer comme modèles de ce retour, peut-être alors ferions-nous un contresens sur la chose.</p>
<p>Je ne pense pas que cette version dans la figuration du retour du Politique soit fondée : n’assistons-nous pas plutôt au retour de la force brute, au retour des calculateurs cyniques. Et ce à l’opposé même du <em>cerveau politique</em>, de l’acteur et penseur de premier ordre, qui est, lui, bien absent.</p>
<p>Les Churchill et autres Adenauer nous manquent cruellement ; nous n’avons plus suffisamment de visionnaires humanistes se mettant au service de la civilisation. Absorbés qu’ils sont par des préoccupations égotistes et de court terme, tentés de suivre les instincts de la foule, nos politiciens et idéologues, même les plus attentionnés, ne se trompent-ils pas de trajectoire ? Auraient-ils perdu l’imagination et le sens politique requis pour agir avec justesse dans un monde d’entropie ? Ne possèderaient-ils plus le sextant qui leur permette de naviguer plus sûrement dans cette mer hauturière houleuse et inconnue ?</p>
<p>La capacité de la personnalité de premier ordre à capter en même temps l’ensemble de cette crise totale et chacune de ses composantes semble absente, voire lacunaire ; ce qui explique la difficulté du « Gouverner ». Peut-on dès lors et sérieusement envisager un changement de nature du pilotage politique sans une transformation des comportements, des référentiels et des méthodes ? Quid des entreprenants à la place des rhéteurs ?</p>
<p>Une attitude hautaine est préjudiciable à toute aptitude à distinguer l’essentiel de l’accessoire, à conjurer les périls, à conjuguer les solutions. Il est impossible d’exiger des dirigeants de tout connaître, certes ; il est légitime néanmoins de leur demander de tout entendre et de bien s’entourer. Il est plus que tout décevant de les voir s’enfermer dans leurs fausses certitudes et leurs passions tristes. Dans l’inertie en fait.</p>
<p>Aussi faut-il plaider en faveur d’un « Gouverner autrement ». Avec trois axes d’orientation aux plans des comportements des connaissances et des méthodes.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>1- Des comportements différents </strong></p>
<p>La polarisation des idées et leur radicalisation est de plus en plus dangereuse. Chaque instance se renferme sur elle-même : les individus, les catégories sociales, les partis politiques, les disciplines intellectuelles. Le wokisme ambiant et la <em>cancel culture</em> se développent, la science elle-même et considérée dans ses spécificités est érodée par le scientisme. La recherche scientifique nous rappelle Guiseppe Longo, c’est le dialogue difficile, entre des perspectives lointaines, c’est la collaboration entre des sujets différents avec des idées improbables, mais profondes. Pour faire de la science, il faut de la démocratie, et la science est une composante essentielle de la démocratie <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>.</p>
<p>L’IA, mal comprise, émerge dans des milieux mal préparés et peu ouverts aux personnes et aux processus d’innovation. « <em>Cette situation risque de fabriquer des nouveaux lieux de confusion entre construction de sens et transmission ou traitement/élaboration de l’information. En réalité la construction du sens et des savoirs humains est encore plus radicalement contournée et la science déshumanisée, lorsque l’information est directement intégrée dans un monde considéré comme un processeur massif d’informations »<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>.</em></p>
<p>Pour faciliter une <em>distinction stricte entre l’information, en tant qu’élaboration ou transmission de signes, et l’information en tant que production de sens ayant lieu dans notre friction avec le réel <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a></em>, l’urgence est alors de mettre en place des dispositifs en vue de développer des espaces d’écoute, de dialogue, des méthodes de controverses, des univers des médiation, d’imaginer davantage de pôles de réflexion où les frontières disciplinaires et sociales s’estompent.</p>
<p>Un branle-bas de bataille intellectuelle contre un ennemi commun, l’ignorance. Un objectif primordial : reconquérir le sens !</p>
<p>Il y faut une mobilisation générale des acteurs clés, qu’ils soient du public ou du privé : médiateurs, enseignants, journalistes, politiques entrepreneurs, responsables d’associations et autres. Pour insuffler un esprit nouveau, la solidarité, l’esprit collectif et une organisation décentralisée s’imposent. À l’opposé de toute démarche totalitaire pour penser la même chose, il s’agirait de construire un nouvel esprit critique. Heureusement on observe des tentatives, voire de vraies initiatives. Mais trop souvent nombrilistes et mal coordonnées. Naturellement ces actions immédiates seraient, selon les cas à effet à court, moyen et long terme. Ce qui exige de changer nos habitudes de pensée.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>2- Des nouveaux référentiels pour rompre avec des habitudes de pensée </strong></p>
<p>Je ne vais pas me plaindre des cris d’orfraie, de l’ironie ou de la terrible indifférence que ce type de propositions peut susciter. Il est tellement évident que notre regard doit changer. Que tout ce qui est fait pour nous éviter de requérir cet effort indispensable est criminel. Voir et analyser les choses autrement ? Oui bien sûr et dans tous les domaines de notre vie quotidienne, dans notre vie professionnelle, dans les différentes sphères d’activités. L’école, la santé, la sécurité, l’environnement, l’économie, etc. À condition de nous débarrasser des oripeaux idéologiques qui masquent les réalités vécues.</p>
<p>Il existe de nombreuses façons d’opérer, de multiples petites choses à initier pour commencer à bouger. Ces initiatives, ces implications, ces explicitations ces démarches audacieuses autant que courageuses à modifier, réformer, revendiquer, contester, qui peuvent nous ouvrir les yeux, nous permettre de soulager notre vie quotidienne de ces petites contraintes enfermantes (bureaucratiques ou autres) qui vivent de nos égoïsmes.</p>
<p>Frénésie, démesure, accélération, encombrements divers, multitude désorganisée, algorithmes rigides, constituent autant de meurtrissures et de mépris qui pèsent lourd sur la vie de tant de gens. D’autant que s’y ajoutent des attitudes d’impolitesse et d’irrespect qui fabriquent la violence et amplifient les haines.</p>
<p>C’est pourquoi un potentiel a priori inconcevable de créativité est à notre portée pour favoriser un dialogue renouvelé par ces différents changements de regard sur les choses, les hommes et les situations.</p>
<p>Le secret est là : retrouver la finalité ailleurs que dans la procédure ou le dispositif sensé l’atteindre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>3- D’autres méthodes pour concilier les apparents contraires</strong></p>
<p>Alors il faut changer nos méthodes (le <em>meta odos</em> grec est ‘la Voie autre’, ‘l’autre voie renouvelée’, ‘arriver à un but par la voie la plus convenable’), faire un pas de côté. Faire en même temps des choses qui dépassent les contradictions apparentes au profit de complémentarités rédemptrices. Susciter des occurrences, créer des opportunités, jouer avec des narratifs libératoires.</p>
<p>L’art et la culture ne peuvent qu’y contribuer : le théâtre par exemple comme représentation du possible par l’attitude, le positionnement et la parole adoptée dans les mille positionnements renouvelés !</p>
<p>Chacun aura compris que la recherche de sens, les signes et la signification sont ici en cause. Avec cette volonté farouche de trouver un utile et un efficace dans chaque axe d’action qui bénéficieraient à tous et qui graviteraient au profit d’une humanité et de son harmonie. Au lieu de nous précipiter vers une guerre civile mondiale et multiforme qui, de fait, a d’ailleurs débuté.</p>
<p>En conclusion nous devons agir contre l’inertie et le désengagement. Faire l’éloge des entreprenants. Agir contre les dystopies, faire fructifier les opportunités cachées qui sont souvent portées par des personnes magnifiques qui abritent des possibilités créatives si belles alors que trop souvent les institutions les empêchent d’opérer des miracles. La seule façon d’éviter l’expansion mortifère d’une <em>gouvernance par les nombres</em> <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a> et de rouvrir le champ des possibles grâce au retour du <em>Politique</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Guiseppe Longo, <em>Le cauchemar de Prométhée- les sciences et leurs limites</em> ; PUF, 2023.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Guiseppe Longo, <em>opus</em> cité</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> <em>Ibidem </em></p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Alain Supiot, <em>La gouvernance par les nombres</em>, Fayard, 2015</p>
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		<title>Peur, Ignorance et Connaissance</title>
		<link>https://www.mdn-consultants.eu/peur-ignorance-et-connaissance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francis Massé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 15:22:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«L’exercice de la violence peut être nécessaire : mais aux seules conditions que la violence de l’autre soit bien la sienne, et non celle que nous lui prêtons par mimétisme, et que la réaction soit à la fois purement défensive et proportionnée. Jean-Luc Tinland [1] La société vers laquelle nous allons et qui d’ailleurs est [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>«L’exercice de la violence peut être nécessaire : mais aux seules conditions que la violence de l’autre soit bien la sienne, et non celle que nous lui prêtons par mimétisme, et que la réaction soit à la fois purement défensive et proportionnée. <strong>Jean-Luc Tinland</strong> <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></em></p>
<p><span id="more-6952"></span></p>
<p>La société vers laquelle nous allons et qui d’ailleurs est en grande partie déjà là, est sous certains aspects cauchemardesque. Il s’agit de ne pas la laisser en l&rsquo;état à nos enfants ni à nos petits enfants. Ce serait égoïste et criminel. Aussi ne pouvons-nous pas poursuivre de la sorte à dégrader notre vie quotidienne et les infrastructures qui font la société.</p>
<p>Nous sommes cernés par des peurs ; si certaines sont imaginaires et alimentées de diverses manières, les autres trouvent leurs origines dans les désordres économiques, sociaux et environnementaux, qu’ils soient recherchés, admis ou méconnus, voire ignorés.</p>
<p>La peur peut notamment s’analyser comme la perception par notre Soi alors passif, d’une menace provenant du monde extérieur. Vaincre la peur ou plus exactement la surmonter, oblige à s’ancrer dans la réalité. Signifiant ainsi que notre Soi redevenu actif, sans crainte inhibitrice et n’attendant plus rien de l’extérieur passe à l’action qui peut alors s’appeler <em>amour, recherche de la connaissance</em> voire <em>résistance</em>.</p>
<p>C’est donc trop souvent l’ignorance qui alimente nos peurs et la connaissance qui peut les réduire.  Alors que ce constat semble établi, dans le même temps notre société malmène son outil principal d’émancipation, l’école, perturbe idéologiquement l’université, l’entrave dans son autonomie, investit insuffisamment dans la recherche et méconnait les avancées, voire les succès en matière économique.</p>
<p>Autrement dit nos capacités à réduire les risques d’ignorance sont affaiblies tandis que d’autres vecteurs puissants l’accroissent. On se souvient des propos d’un ancien PDG de TF1 : « <em>Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca Cola c’est du temps de cerveau humain disponible</em> »<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[2]</a>.</p>
<p>Mais quelques années auparavant lors d’un colloque à San Francisco, des experts et des hommes politiques concluaient que dans le siècle à venir deux dixièmes de l’humanité suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. Mais comment le cinquième fortuné de la population pourrait-il occuper le reste ? « <em>Tittytainment</em> » aurait répondu Zbigniew Brezinski pour faire un effet de séance <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[3]</a>. Que diraient-ils aujourd’hui avec l’irruption de la robotique et des formes en continuelle avancée de l’IA ?</p>
<p>Car tout se déchaine. L’IA arrive et sans qu’il n’y ait aucune corrélation évidente, la perte d’engagement fait de plus en plus de dégâts dans les entreprises et les services publics. Les GAFAM, Tik Tok et les réseaux sociaux règnent !</p>
<p>Selon Emmanuelle Duez la crise de l’engagement &#8211; qu’elle nomme « l’or noir » des organisations &#8211; a une cause multifactorielle et c’est un véritable tabou. En effet dans le monde du travail le taux d‘absentéisme a connu une hausse de 41% entre 2019 et 2023. En moyenne on peut observer que les salariés engagés ne représentent désormais que 7% contre 47% de non engagés (dans les années 1960 la moitié des salariés et employés étaient syndiqués). Toutes les mesures effectuées montrent que le rapport subjectif au travail se dégrade (santé mentale, détresses absentéisme long).</p>
<p>En termes de coût économique ce coût du désengagement s’élève à 14840 €/an/salarié soit un coût total de 120 Md €/an en France. Par ailleurs le coût du présentéisme s’élève à 13/24 Md €/an et représente au niveau mondial 9%du PIB. Si l’on ajoute le fait que la productivité horaire en baisse de 5% sur la période 2019/2023, nous faisons face à un véritable problème.</p>
<p>Le rapport émotionnel au travail en France (qui devenir ? qui on est ? Quelle espérance en termes de mobilité sociale ?) est passable. La rémunération du travail baisse, l’investissement y est moindre au regard de la vie personnelle, la reconnaissance du travail s’affaiblit, la qualité de la vie au travail se dégrade.</p>
<p>En résumé l’on passerait d’une g<span style="text-decoration: underline;">uerre des talents</span> à une <span style="text-decoration: underline;">guerre de l’engagement</span> mettant en valeur un conflit entre le travail et la vie.D’ailleurs, 58% des managers seraient en stress ; 33% des actifs se déclarent en Burn out dont 12% en Burn out sévère.  53% des Français sont en souffrance physique tandis que 40% des français redoutent les conséquences négatives de l’IA (augmentés ou remplacés ?). Quid du travail en tant que pacte social collectif, en tant que promesse d’émancipation.</p>
<p>Cette dystopie semble exponentielle. Une partie croissante de la population tant jeune qu’adulte et professionnalisée est – et se ressent &#8211; comme prise au piège de l’ignorance, de l’impuissance et de la passivité. Et ce tant notamment qu’une part importante de nos élites économiques, médiatiques, administratives et politiques ne parviendra pas à quitter une posture de dérision et de cynisme, ni à rompre avec les schémas établis, de tels propos seront vains.</p>
<p>Il ne faut surtout pas croire que nous n’en sortirons pas, ni <em>a contrario</em> s’illusionner sur la facilité et la rapidité à s’en dégager. Même si le temps pour opérer déjà manque. Car l’effort à accomplir est immense, immense !</p>
<p>En effet nous percevons bien que dans cette crise globale, systémique, exponentielle, dans cet effritement généralisé de la société, tout est à rebâtir pour édifier une nouvelle société.  Une nouvelle base sociale et culturelle est nécessaire tout comme une nouvelle comptabilité, manière de dire que « de la cave au grenier » les choses doivent être profondément rectifiées, transformées.</p>
<p>C’est la bataille à la fois culturelle, politique, économique et sociale la plus difficile, en même temps que la plus urgente. Je rejoins ici tous ceux qui veulent notamment défendre et rénover l’école, l’enseignement. Le savoir et la science. Construire des <em>organisations apprenantes</em>, apprendre à manager les connaissances. Instruire. Éduquer. Communiquer et évincer la pollution des fake news.</p>
<p>D’aucuns répondront que cette approche est trop générale, abstraite et au mieux de longue haleine. Que nenni ! Elle indique un chemin et se décline parfaitement par des premiers pas concrets.</p>
<p>Depuis des décennies par exemple certains pays Nordiques de l’Europe ont interdit la publicité, nous y revenons, orientée vers les enfants et fabriquée avec des enfants. La violence de certains adolescents, les théories du genre et leurs abus éducatifs, qui modifie le modèle identificatoire, l’excès des jeux vidéo virtualisant l’existence et désincarnant, abolissant l’inhibition et la capacité de discernement, l’impact du porno pour les mineurs (et les adultes), la tolérance masquée aux crimes pédophiles, un univers camaïeux nous enveloppe où, si l’on n’y prend garde, tout apparaît trouble, sidérant, ambigu, anomique.</p>
<p>En outre le miroir médiatique qui difforme, dénature, amplifie, diffuse et répète, crée l’addiction. Un niveau de barbarie, d’insensibilité déjà annoncé par le père Guy Gilbert, le célèbre curé des loubards, il y a déjà plusieurs années, se propage. Le mal est désormais endémique. La faiblesse du vocabulaire, le nombre de mots connus empêche l’expression qui rend davantage possible l’argument précoce constitué par l’agression physique et la violence. « <em>On a enlevé les interdits structurants remplacés par de la coercition qui infantilise</em> » <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[4]</a>. Qui ne voit derrière ces constats douloureux des actions immédiates à entreprendre. Il faut remettre, au centre, les finalités supérieures, les placer dans les esprits remobilisés des responsables en charge des domaines considérés, donner à ces derniers des instructions claires, les former, leur donner les moyens et leur faire confiance et les reconnaitre au lieu de les abandonner.</p>
<p>A cette échelle de gravité des problèmes, la réponse sociétale et politique n’est pas à la hauteur. De nouveau, les mesures technocratiques et quantitatives sont prises en urgence en lieu et place de décisions qualitatives dans la durée. Ce sont bel et bien ces dernières qu’il faut prendre et décentraliser les initiatives pour ce faire.</p>
<p>Cette peur et cette ignorance qui se nourrissent et s’additionnent au sein de notre société, malmenant au premier chef notre jeunesse, ne peuvent que créer un malaise intérieur qui sera inéluctablement transféré à l’extérieur<a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[5]</a>. Les guerres extérieures se nourrissent de nos faiblesses intérieures comme la violence des enfants et des adolescents proviennent de leur mal-éducation, de la faiblesse de leur armature psycho-affective, voire celle de leur entourage.</p>
<p>Il est vrai qu’en France, particulièrement, la fracture sociale de 1995, l’insécurité ressentie et réelle, le mouvement des <em>Gilets Jaunes,</em> la crise sociale, la pandémie, les mutations industrielles, la baisse démographique, le dépeuplement de certaines régions et bien d’autres facteurs, favorisent les peurs. Le ressort se trouve dans notre capacité à identifier individuellement et collectivement les causes profondes au sein desquelles nous découvriront les solutions. C’est notre seule détermination au discernement et cette recherche de la <em>Connaissance</em> et de l’<em>Autre</em> qui nous sauveront.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1] Jean-Luc Tinland, VIOLENCE<em> : NON &#8211; les démocraties à l’épreuve de la liberté</em> ;  L’Harmattan, 2018<br />
[2] Patrick le Lay In Le Monde 11-12 juillet 2004<br />
[3] Le mot « <em>tittytainment </em>» combine les mots « <em>entertainment </em>» (loisirs) « <em>tit</em> » sein en argot américain cf Hans-Peter Martin et Herald Shuman, <em>Le piège de la mondialisation</em> éditions Solin (actes Sud) 1997<br />
[4] Marie Estelle Dupont, Psychologue, France info 11 juin 2025<br />
[5] Jean-Luc Tinland, <em>opus</em> cité</p>
<p>&nbsp;</p>
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