
D’une Europe Arlequin à une Europe à l’unisson
Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes. Goethe
Notre Europe aux formats imbriqués français, allemand, polonais italien, britannique, est aujourd’hui dans une extrême confusion. Des stratégies contradictoires et cachées, voire inexistantes l’on ne sait pas trop bien, la condamnent à l’impuissance. Géopolitique et géoéconomie sont en dissonance croissante car notamment le partenariat public/privé est faible et en outre l’Europe du marché unique ainsi que les filières industrielles sont fragmentées.
Insistons sur la mise en œuvre d’une démocratie plus grande. Poussons le destin à nous confier des leaders inspirés tels les empereurs romains hispaniques comme Trajan et Hadrien. Rêvons d’un Mirabeau au Parlement européen, qui transformerait le Parlement européen en Assemblée constituante. D’un Goethe européen qui donnerait une âme à notre Europe ou alors d’un De Gaulle qui entraînerait le conseil de l’Union européenne vers un aggiornamento. À moins qu’un Mario Draghi ne réussisse à faire en sorte que la Commission européenne change la donne et gouverne autrement ! Qu’importe les acteurs pertinents qui oseront renverser la table mais les peuples européens sont impatients et souhaitent sortir du silence politique actuel de nos dirigeants actuels, sans idéal, ni ambition, ni exigence, dépourvus de moyens d’action dont apparemment ils ne savent pas se pourvoir, les confinent insidieusement [1].
Il est temps de sortir par le haut de nos contradictions effrayantes et parfois inénarrables, voire stériles. Il est temps de réfléchir de nouveau à ce que représente notre Europe. Ce que disaient il y a plus de vingt ans Jacques Derrida et Régis Debray sonnait déjà comme un avertissement : une véritable réflexion pour avoir prise sur notre destin collectif [2].
Cette nouvelle chronique, se propose de susciter quelques pistes sur le terrain d’une pratique au service d’une vision.
Quelques dossiers structurants et emblématiques.
1- Le Mercosur.
La France se trompe dans cette affaire par manque de pragmatisme collectif au niveau européen mais encore d’anticipation au niveau français. L’objectif d’une coopération économique avec d’autres zones géographiques dans le monde dans le prisme de l’OMC n’est pas infondé. Car il permet progressivement d’augmenter la pertinence et le niveau de qualité des normes commerciales économiques, fiscales et financières, sociales, environnementales et sanitaires, qui sont déjà sur la table, ce, au prix certes de compromis temporaires. Accommodements susceptibles d’être compensés au cas par cas par des mesures adaptées et efficaces permettant d’accompagner les secteurs concernés afin qu’ils puissent relever les défis de la concurrence. Cette dernière étant appréhendée comme stimulante et force de créativité et non comme une doxa.
Quelle est l’alternative ? Un repli sur soi, une fermeture aux innovations et marchés futurs. Une incompréhension de nos partenaires européens et de la défiance ? Bien sûr que non !
En fait nous ne sommes pas assez porteurs d’un sens réaliste de la vraie souveraineté. Le principe de souveraineté – la compétence de la compétence, selon Georg Jellinek – désigne la capacité exclusive d’un État à déterminer l’étendue de son propre ordre juridique sans dépendre d’autres autorités. C’est-à-dire un État, un peuple, capable de déterminer pour lui-même l’existence de sa propre compétence nationale), mais qui ne doit pas s’exonérer d’une coopération approfondie et intelligente avec les pays européens, visant ou pas une souveraineté européenne limitée. A l’heure des États-Continents nous ne pouvons pas nous exonérer de ce multiplicateur de puissance que représente l’Europe. A cette fin, nos élites et nos gouvernants doivent mieux comprendre et anticiper les risques d’influence ou d’ingérence, savoir se sécuriser sans être protectionniste, avoir une démarche active et offensive, c’est-à-dire une stratégie d’influence [3]. A condition, comme le répète à juste titre Nicolas Ravailhe – pour ce qui concerne notre pays – de se mettre en situation de chercher à gagner des points, à atteindre une cible à partir d’un projet préétabli plutôt que de se contenter d’avoir raison [4].
2- Simplification et dérégulation : le mot et la chose – l’esprit et la pratique
Nous entrons là dans un domaine qui concerne la gouvernance et le management des entreprises comme des États. Le désordre bureaucratique s’empare des organisations publiques ou privées qui sont de fait mal gérées.
L’exemple du dossier de la voiture électrique et le jeu du est manifeste d’un jeu de Yo-Yo incompréhensible. La puissance économique et commerciale européenne ne saurait être gouvernée au gré des seules modes et influences. Même si le lobbying sent le soufre, victime d’abus réels, il ne faut pas l’abolir pour autant car il est inhérent à la démocratie et à la liberté des acteurs économiques. Sans doute, en revanche la gouvernabilité de l’Union européenne comme des États-Membres, doit-elle se renforcer grâce au renforcement dans leurs instances respectives d’un véritable écosystème de la connaissance. Il est indispensable à la fois de mieux appréhender les réalités complexes avant la décision, et cette dernière se doit d’être mieux concertée afin de mettre en place des calendriers réalistes. L’épisode de la voiture électrique est à cet égard éclairant.
3- Le financement du futur
Ballotée selon les pays, entre endettement et remboursement des emprunts, déficits budgétaires, effort de défense et de sécurité, transition écologique et plans de dépollution, réindustrialisation et infrastructures, rénovation urbaine et logement, agriculture raisonnée et santé, Éducation et formation, l’Europe fait face à des défis majeurs de financement. Eux-mêmes corrélés à des lacunes dans la gestion des projets et des chantiers, voire à un nombre insuffisant d’entrepreneurs – en certains domaines il s’entend, dont ceux de la métallurgie et du BTP – et à un affaissement de l’esprit d’entreprise. Il est vrai que cette bataille économique et cette concurrence parfois forcenée à l’intérieur du marché unique s’inscrivent dans un contexte divergences politiques croissantes entre puissances européennes.
Dans un tel contexte, l’innovation financière au service de l’économie réelle doit être au premier plan. Tous les moyens sont là : rénovation du marché financier, marché unique des capitaux, Eurobonds, emprunt européen, dette commune européenne en alternative au dollar mais en réduction de la dette publique française. Cependant un maître mot doit être cité : c’est celui de CONFIANCE. Cette confiance entre pays européens implique à la fois un effort mutuel de compréhension et de prise en compte des contraintes de chacun, ainsi que des changements effectifs de comportement et de doctrine dans certains pays, dont le nôtre.
Pour répondre à ces attentes et relever ces défis, être à la hauteur des enjeux, une gouvernance affaiblie par un manque certain d’ingénierie collective doit être corrigée au plus vite ,ceci en retrouvant une capacité de production conceptuelle et une position de force dans l’esprit de concrétisation, dans la culture du résultat.
Il convient également de mettre fin à notre niveau insuffisant de compréhension, de capacité cognitive, et à une émotivité tangible et dangereuse des dirigeants par rapport à des Médias eux-mêmes incapables de s’empêcher de nous instruire.
Conclusion : un état d’esprit à reconstruire sur le plan socio-économique
De même que personne n’a le monopole du cœur quiconque peut posséder l’esprit d’entreprendre. Il existe des entreprenants en toute chose et dans tous les domaines, tous les métiers ou les tous secteurs économiques.
La figure emblématique demeure le créateur d’entreprise, le chef d’entreprise ou le manager stratège, plus que le gestionnaire. Et il est juste de souligner que des entreprenants existent partout dans les secteurs associatifs, dans le secteur public et parapublic, comme dans les entreprises de toute taille.
Il nous faut rendre hommage à ces personnes qui favorisent – et sont le plus souvent à l’origine – d’une création de valeur sans laquelle notre pays déclinerait. Du reste, c’est parce que nous manquons de ce type d’acteurs que la France frôle une pente déclinante.
L’objectif ici n’est pas de faire sombrer le lecteur dans une humeur pessimiste. Il est de contribuer au contraire à renforcer son désir parfois latent de participer au sursaut.
Il est difficile de comprendre que la France soit à ce point partagée entre deux états d’esprit : l’un en faveur du profit, l’autre de la rente.
Il nous faudra aussi définir la valeur : qu’entend-t-on par-là ? Prospérité, croissance, richesses …et pour quelle société désirable ?
Qu’y a-t-il de commun entre la vision d’un Édouard Michelin qui considérait l’argent comme du pétrole, une simple énergie, un moyen et non une fin en soi, avec les excès de la financiarisation de l’économie réelle ? Prendre aussi en considération l’analyse d’Emmanuelle Duez, qui appréhende l’engagement comme l’or noir ; juger pertinente celle de Stiglitz sur la cupidité qui dénonce sinon l’enrichissement sans cause, du moins l’hyper performance et les surprofits qui perturbent la cohésion interne des entreprises et le climat social sans doute, mais aussi le climat des affaires et le potentiel de coopération.
Qui peut prétendre qu’un management parfois nocif ne saurait nous précipiter pas exactement à l’encontre de l’accomplissement de l’artisan-collaborateur ? Ici la théorie marxiste de l’aliénation est fondée. « Artisan/collaborateur » à ce stade je ne trouve pas mieux pour nommer le travailleur qui génère par sa participation à l’entreprise collective une création de richesse. J’évite ainsi d’employer le terme de salarié pour rejoindre ici les thèmes du courant constructif selon lesquelles le salariat sera à terme obsolète [5].
Il est possible d’entrevoir deux possibilités pour transiter vers une autre organisation socioéconomique. D’une part, ce qui est déjà le cas pour partie, un écosystème de la supply chain où les entreprises, de la Start-up au grand groupe entreprennent d’une certaine façon de s’approcher d’une configuration sur un pied d’égalité. Une approche gagnante pour le management de l’innovation.
L’autre possibilité serait de développer l’apport en industrie qui représente l’apport immatériel où un associé met à la disposition de la société ses connaissances techniques, son savoir-faire, son travail, en échanges de titres spécifiques. Le droit des affaires contient des potentiels d’innovation juridique porteurs d’adaptation aux conditions de travail du 21ème siècle. Par exemple il existe un système novateur à implanter dans la sphère du droit des affaires européen, notamment du droit des sociétés, la commandite notamment. Il en est de même dans le droit social (droit du travail et droit de la sécurité sociale) [6]. Il est très utile aussi d’étudier l’organisation de la distribution des responsabilités du haut management dans la société AIRBUS AEROSREUCTURES GMBH de Hambourg.
En résumé, Il existe un certain nombre d’instruments à potentiel élevé qui peuvent être porteurs de développement et de croissance au sein de l’écosystème économique et social européen qui peuvent servir un dessein européen. De même en est-il possible dans la gouvernance publique. Sortons des slogans superficiels et des oppositions de façade entre public et privé et recherchons l’efficience pour une nouvelle prospérité européenne.
[1] Francis Massé, Le silence politique, Ouest-Éditions, 2000 &. Le citoyen, clé de l’Europe, Ouest-Éditions, 2004.
[2][2] https://youtu.be/sTGijV84ra0?si=jVGPsx9jSZpxgyA5
[3]Claude Revel. https://www.youtube.com/watch?v=obvcbM2nETY
[4] Nicolas Ravailhe. https://www.linkedin.com/in/nicolas-ravailhe-72069b1/recent-activity/all/
[5] https://courantconstructif.com/
[6] https://www.college-de-france.fr/media/alain-supiot/UPL2446193606379219465_Au_dela___de_l_emploi.pdf